Le bond du franc suisse pénalise les banques autrichiennes
L’ampleur des dégâts provoqués par l’envolée de 20% du franc suisse commence à se préciser pour le secteur bancaire. Outre son effet comptable, qui impacte essentiellement les établissements suisses, la vigueur de la monnaie helvète a aussi induit d’importantes pertes de trading. A cela s’ajoute le spectre d’une restructuration de certains prêts libellés en franc, particulièrement en vogue dans les pays d’Europe de l’Est.
Ce lundi, Moody’s a ainsi estimé que l’appréciation du franc fragiliserait les notations financières des banques suisses, mais également autrichiennes et polonaises. «Les emprunteurs dont le revenu est libellé en euros auront davantage de difficultés à rembourser les crédits octroyés en franc, dont le coût va augmenter», a averti l’agence. A fin septembre, les banques autrichiennes affichaient un encours de prêts en francs suisses équivalent à 29,2 milliards d’euros de prêts, distribués en Autriche et en Europe de l’Est. Erste Group fait partie des banques les plus exposées, avec un portefeuille équivalent à près de 9,8 milliards d’euros, Raiffeisen Bank International totalisant pour sa part environ 3,8 milliards, principalement en Pologne.
Des encours de prêts en francs suisses importants ont en effet été constitués sur le marché polonais, où les filiales de Commerzbank (MBank) et de la banque portugaise BCP (Bank Millenium) sont chacune exposées à hauteur de 5 milliards d’euros. «La qualité des actifs devrait se détériorer étant donné qu’une partie des encours risque d’être restructurée», analysent les experts crédit de BNP Paribas. «Certains crédits hypothécaires devraient déclencher des appels de marge, ce qui pourrait rapidement provoquer des défauts», ajoutent-ils.
Outre la hausse des prêts douteux, le secteur va également pâtir des positions vendeuses accumulées sur le franc. Si les banques suisses se sont pour l’heure abstenues de tout commentaire, à l’exception de la banque privée Julius Baer, qui a indiqué ne pas avoir subi de pertes, 150 millions de dollars se seraient ainsi évaporés chez les deux leaders mondiaux du forex, Deutsche Bank et Citigroup. Le préjudice atteindrait 100 millions de dollars pour le troisième acteur du secteur, Barclays, qui précède UBS dans le classement.
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