L’attentisme des assureurs face au risque climatique
Les grands assureurs mondiaux continuent d’ignorer dans leur activité les recommandations portant sur le risque climatique, s’alarme l’association AODP (Asset owners disclosure project), un organisme de défense des retraites dont le siège est basé à Londres. Dans son dernier classement des grands assureurs mondiaux sur des critères liés au Climat, Global Climate 500 Index, publié le 21 juillet 2016, AODP juge que les assureurs font moins bien que les fonds de pension sur trois exigences clés que sont la protection de leurs portefeuilles contre la dévalorisation de certains acteurs, leur engagement (personnel dédié …) et la stratégie des investissement dans des valeurs bas carbone.
Parmi les grands assureurs, les moins mal classés sont les compagnies européennes, suivies par les américaines puis les asiatiques, précise le rapport.
Le document cible 116 assureurs représentant 15.300 milliards de dollars d’actifs et compare leurs performances à 324 fonds de pensions totalisant un montant total d’actifs équivalents (15.900 milliards de dollars). « Ces deux groupes représentent 80% des 38.000 milliards d’actifs couverts par l’indice », souligne AODP. Parmi eux, « l’indice identifie 31 détenteurs d’actifs classés comme leaders dans leur gestion du risque climatique et notés A+ pour une échelle allant de triple A à D, et même X pour les lanternes rouges. Ils incluent 26 fonds de pensions, mais seulement un assureur, Aviva », précise le rapport.
Dans l’indice, seuls 14 assureurs, un sur huit, prennent des mesures tangibles pour gérer le risque climatique au sein de leur portefeuille, et sont notés C+, comparés à un sur quatre pour les fonds de pension.
« Les assureurs performent le moins et sont le plus à la traîne par rapport aux fonds de pension sur ce qui devrait être leur compétence cœur : la gestion du risque », critique le risque. Alors qu’ils pourraient prendre en considération les effets des changements climatiques sur leurs passifs, la grande majorité des assureurs ont le regard braqué sur l’impact de la transition bas carbone sur leurs portefeuilles d’investissement. Seul 1% considère les risques de stranded assets (NDLR : dévalorisation d’actifs liée à des ressources devenues inexploitables), comparé à 6% des fonds de pension.
Ces assureurs sous-performent également en termes d’engagement, avec seulement 8% d’entre eux disposant d’un staff dédié à la prise en compte du risque climatique dans le processus d’investissement, moitié moins que les fonds de pension.
Seulement 30 milliards de dollars d’actifs gérés par les assureurs de l’Index sont des investissements bas carbone comparés à 93 milliards de dollars côté fonds de pension.
Les assureurs sont exposés à des risques additionnels car leurs allocations d’actifs sont en général beaucoup plus concentrées dans le fixed income que les fonds de pension. Cela les soumet à la compétence « climat » des agences de notation qui commencent seulement à intégrer ce risque. Cette exposition peut entraîner des conséquences majeures pour le système financier dans son ensemble comme l’a reconnu le FSB après la crise des subprimes. Le manque de diversification des classes d’actifs des assureurs signifie aussi que l’engagement d’entreprise est limité au minimum bien que leur risque d’entreprise direct soit maintenu au travers du risque des obligations d’entreprise.
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