L’assurance à la demande est mal en point
Coup dur pour les assurtech françaises. Fin juin, la start-up Valoo (ex CBien), spécialisée dans l’assurance à la demande, a annoncé l’arrêt de ses activités faute d’avoir atteint une indépendance financière. Contacté par L’Agefi, David Gascoin, le CEO de Valoo n’a pas souhaité s’exprimer.
Fondée en 2013, la jeune pousse avait lancé dès mars 2018 l’assurance d’objets à la demande en partenariat avec Altima Assurances, le laboratoire d’innovation de la Maif.
«Pour rentabiliser le modèle des assureurs à la demande, qui se caractérise par des petites primes souscrites pour des durées limitées, il faut générer beaucoup de volumes», explique Cyril Gay Belan, associé chez KPMG pour le secteur des services financiers. Or, «Valoo n’a pas pu satisfaire cette équation et équilibrer son modèle, malgré 9,4 millions d’euros levés en 2015 et 2017.»
La start-up, qui comptait à son capital plusieurs groupes d’assurance (Maif, Matmut, Macif et Covea), commercialisait son offre sur sa propre application. «Selon moi, c’est un problème de distribution. Valoo a beaucoup investi sur le développement de la technologie, mais après il faut rencontrer son public», confie Florent Villain, directeur marketing de la Maif et directeur général d’Altima Assurances.
Trouver une solution d’ici à 2020
Malgré l’arrêt de Valoo, la Maif souhaite poursuivre son expérimentation. La mutuelle, qui gérait les risques et sinistres, avait identifié des axes (liste des biens à couvrir, durées minimum d’assurance, franchises etc.) et développé une plate-forme informatique. Elle souhaitait faire évoluer le dispositif sur les smartphones, après avoir remarqué des suspicions de fraudes. «Il faudrait amortir cet investissement avec d’autres partenaires pour voir si ça marche ou non» précise Florent Villain.
Les équipes de gestion de sinistres de la Maif ont rencontré de nouveaux acteurs. «Une fois qu’un choix sera fait on regardera si la technologie permet d’aller sur de l’assurance à la demande, indique Florent Villain. L’idée est de trouver une solution dès 2020, pour ne pas faire marche arrière.»
Une démarche cohérente aux yeux de l’expert de KPMG : «la Maif est moins dans une logique de gain à court terme et plus dans une logique de gain d’expérience et d’apprentissage à moyen terme sur des nouveaux modes de consommation», selon Cyril Gay Belan.
La fermeture de Valoo n’est pas un cas isolé. Dans un marché où la demande et les volumes d’activités ne sont pas encore présents, le principal inconvénient concerne la durée limitée (quelques heures ou à la journée) de l’assurance des objets. Certaines start-up françaises, dont Leocare et Lovys, préfèrent désormais miser sur l’assurance à la demande en automobile ou en habitation qui «répond à une évolution des modes de consommations de la mobilité.» Ces assurances, souvent annuelles, «représentent encore la très grande majorité des volumes de primes sur le marché», note Cyril Gay Belan.
Pionnière dans l’assurance à la demande depuis 2013, la start-up américaine Trov a cessé cette année son offre d’assurance à la demande ponctuelle, favorisant des partenariats dans le but de trouver des relais de croissance. Côté Valoo, s’il n’est plus possible de souscrire à une assurance, «Altima maintiendra les garanties des clients jusqu’au 31 décembre» indique Florent Villain. Le nombre de clients concernés n’a pas été dévoilé, mais il ne s’agirait pas d’un gros volume.
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