L’adossement du Crédit immobilier de France redevient d’actualité
Un vieux serpent de mer refait surface: l’adossement du Crédit immobilier de France (CIF), dernier spécialiste indépendant du financement de l’habitat. Evoquée dès le début des années 2000, puis il y a environ un an, l’hypothèse devient cette fois très sérieuse. La suspension, hier, de la cotation de plusieurs obligations sécurisées de 3CIF, l’un des deux véhicules de refinancement du groupe avec CIF Euromortgage, a mis le feu aux poudres. Les spreads et les fourchettes de cotation de gré à gré sur les autres titres de l’émetteur se sont élargis dans la foulée.
C’est l’AMF qui a demandé la suspension dans l’attente d’un communiqué. Le CIF n’a pas déposé ses comptes annuels dans les délais impartis, et risque une dégradation de trois à quatre crans par Moody’s, a révélé Mediapart.
L’Autorité de contrôle prudentiel suit de près le dossier depuis 2008 en raison du profil du groupe: contrôlé par des sociétés liées au mouvement HLM, il prête long et n’a quasiment pas de dépôt, dépendant ainsi entièrement des marchés pour son refinancement. Fitch s’en est d’ailleurs inquiété en janvier, soulignant la montée du coût des ressources du prêteur en 2011.
Il y a trois ans, la Commission bancaire avait demandé au CIF de muscler ses fonds propres –celui-ci a dû s’y résoudre tout en contestant avec succès cette exigence devant le Conseil d’Etat. Le groupe, qui affichait 41,6 milliards d’euros de total de bilan à fin juin pour un encours de crédit de 33,3 milliards, revendique un ratio de solvabilité de plus de 14%. Le CIF présente malgré tout un taux d’encours douteux assez élevé pour le secteur, à 4,2%. Il a notamment été impliqué dans l’affaire Apollonia, une fraude à l’immobilier défiscalisé qui lui a «apporté» 316 millions d’euros de créances douteuses, soit 23% du stock.
«Il n’y a pas d’actifs pourris ou de déficit en capital au sein du CIF, relativise un proche du dossier. Il s’agit vraiment d’un sujet de liquidité, qui ne peut se régler que de deux manières: une garantie de l’Etat sur ses émissions, ou l’adossement à une banque de dépôt.» BPCE, actionnaire du Crédit Foncier, ayant démenti tout intérêt pour le groupe, reste donc la Banque Postale, qui a déjà joué les pompiers pour Dexia. La filiale de La Poste restait hier muette. Quant au CIF, son patron Claude Sadoun s’est toujours battu contre un adossement. «Il y a un problème Sadoun», reconnaît la même source.
Plus d'articles du même thème
-
Clésame se positionne sur le marché stratégique du transfert intergénérationnel
Alors que plusieurs milliers de milliards d’euros doivent changer de mains dans les prochaines décennies, la legaltech française Clésame développe une solution numérique visant à structurer la transmission de son vivant et à fluidifier son règlement pour les professionnels du patrimoine. -
« Si les marges de crédit paraissent peu attrayantes, le taux de rendement global l’est »
Olivier Robert, responsable de l'équipe Fixed Income chez CPR AM -
Le Royaume-Uni va durcir les règles applicables aux fonds monétaires
Le gouvernement britannique introduira de nouvelles orientations pour les fonds monétaires afin de répondre aux demandes de rachats en période de stress. Une nouvelle législation dont les spécificités techniques seront prochainement apportées par la Financial Conduct Authority, le régulateur local.
ETF à la Une
Franklin Templeton dévoile quatre ETF sectoriels américains
- BPCE, Crédit Agricole SA et le Crédit Mutuel comptent 161 banquiers millionnaires
- Atos joue gros avec un refinancement à 1,25 milliard d’euros
- BofA clame sa prudence sur Renault et Stellantis
- Eric Larchevêque fait machine arrière sur son projet de «bitcoin treasury company»
- Wero pousse les feux sur son application
Contenu de nos partenaires
-
Israël et le Liban prolongent le cessez-le-feu de 45 jours
Tel Aviv et Beyrouth se sont accordés sur une extension de quarante-cinq jours du cessez-le-feu. Celui-ci n’a pas arrêté les combats entre l’État hébreu et le Hezbollah -
Changement d'èreAu sommet de la Fed, Kevin Warsh sur une ligne de crête, coincé entre Trump et réalité économique
Choisi par Donald Trump, qui souhaite infléchir les taux directeurs malgré l’envol de l’inflation, le nouveau patron de la banque centrale américaine disposera de marges de manœuvre restreintes -
PansementImmobilier : le gouvernement cherche la parade pour lutter contre les squats
Le projet de loi Ripost du ministre de l’Intérieur, en discussion la semaine prochaine au Sénat, veut combler le vide juridique concernant les squats dans les locations touristiques. Un bon début