L’accord de Bâle porte les banques françaises
Après plus d’un an de lobbying, les banques ont eu gain de cause sur leur futur ratio de liquidité à 30 jours (LCR). Les marchés ont salué les aménagements annoncés dimanche par le Comité de Bâle. «Ces changements vont au-delà de nos attentes et soutiendront le secteur bancaire», indiquent les analystes de Citigroup. Les banques françaises, qui estimaient à 400 milliards d’euros leur déficit de liquidité à combler selon les propositions initiales des régulateurs, sont les principales bénéficiaires de l’accord du 6 janvier.
Dans l’Hexagone, où la Banque de France et son gouverneur Christian Noyer ont ferraillé dès l’origine contre la définition du LCR, la satisfaction est palpable. «Les modifications, dont l’impact doit être maintenant mesuré avec précision, devraient permettre aux banques de se conformer à ce nouveau ratio dans de meilleures conditions et donc d'être moins contraintes dans leur capacité à faire des crédits à leurs clients», réagissait hier la Fédération bancaire française.
Bien que personne ne confirme ces chiffres, des sources bien informées estimaient plutôt avant Noël à 200 milliards, au lieu de 400, le «gap» de liquidité des banques françaises si les ratios étaient assouplis. Le poids des activités de marché et du financement de gros dans leurs bilans les rendait vulnérables au LCR.
L’effort de rééquilibrage des bilans devra donc se poursuivre, mais sera moins violent pour l’économie. Outre un report de quatre ans à 2019 de la mise en œuvre du LCR avec une montée en charge progressive, le Comité de Bâle a opté pour l’élargissement des actifs pris en compte dans la réserve de liquidité, et a assoupli ses scénarios de stress. Avec des conséquences multiples. Les analystes de CreditSights jugent par exemple que «la profitabilité des banques pourrait s’accroître potentiellement grâce à une meilleure rémunération de leurs actifs liquides», qui ne seront plus seulement composés d’emprunts d’Etat ou de cash mais aussi d’actions ou d’obligations corporates.
Les hypothèses moins strictes de fuites des dépôts ou de tirage de lignes de crédit en cas de stress, la partie la plus technique du LCR, constituent une avancée majeure. «A priori, ce sont ces mesures, applicables au dénominateur du ratio, qui auront les effets les plus importants pour nous», estime un banquier français. «On corrige en partie l’asymétrie de traitement entre l’argent prêté et l’argent emprunté», résume un autre bon connaisseur du dossier. Les lignes de «backup» mises à dispositions des entreprises seront par exemple réputées tirées à 30% en période de stress, et non plus à 100% : le scénario initial menaçait de disparition certaines de ces lignes, qui servent de soutien aux programmes obligataires des corporates en leur permettant de bénéficier d’une bonne notation auprès des agences.
Le LCR révisé vise aussi à ne pas tuer dans l’œuf une éventuelle reprise du marché interbancaire. La BCE avait critiqué le ratio, qui dissuadait les banques de se prêter entre elles. Les lignes interbancaires seront désormais réputées tirées à 40% et non à 100% en cas de stress.
Enfin, les banques disposent désormais d’une feuille de route quasi complète pour Bâle 3, ce qui dégage l’horizon du secteur. Mais il reste à transposer ces propositions dans le droit européen (CRD4) et à régler d’autres curseurs. «Le Comité de Bâle n’a pas intégré aux actifs liquides toutes les créances mobilisables auprès des banques centrales, même s’il ne ferme pas la porte», regrette un banquier.
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