La réticence des Etats-Unis à appliquer Bâle 3 hérisse les banquiers français
Les banquiers français fulminent contre la décision des Etats-Unis de ne pas appliquer Bâle 3 dans les délais prévus. Lors des entretiens de l’Autorité des marchés financiers au Palais Brongniart hier, ils n’ont pas mâché leurs mots pour mettre en garde contre un excès de régulation en Europe par rapport au reste du monde. A leurs yeux, il serait très dommageable au financement de l’économie et donc à la croissance.
«Je suis extrêmement soucieux de voir que les Etats-Unis ne vont pas appliquer Bâle 3», a déclaré Frédéric Oudéa, président directeur de la Société Générale. Vendredi, les autorités de régulation américaines ont reconnu qu’elles ne s’attendaient pas à ce que le cadre prudentiel entre en œuvre comme convenu au premier janvier 2013. Elles n’ont pas fixé de nouvelle date-butoir pour appliquer la réglementation négociée de longue date au sein du Comité de Bâle.
«Ce n’est pas la peine d’aller à Bâle car le Congrès peut diriger les affaires mondiales», a lâché, amer, Baudouin Prot, président de BNP Paribas. Alors que la plupart des banques américaines, sauf celles qui sont internationales, n’appliquent pas Bâle 2, le banquier regrette que les règles du jeu ne soient pas les mêmes pour tout le monde et assure que les établissements européens, qui ne sont pas à l’origine de la crise financière s’en trouvent désavantagés. «Il faudra combien de Bâle pour qu’on comprenne?», a-t-il lancé. Alors que d’autres réformes sont discutées en Europe notamment sur la finance parallèle il met aussi en garde contre une «surrégulation».
David Wright, secrétaire général de l’Organisation internationale des commissions de valeurs (Iosco), a reconnu que faute d’autorité de régulation mondiale qui ait un organisme de règlement des différends, l’Europe se trouvait démunie pour faire appliquer Bâle 3 outre-Atlantique.
Jonathan Faull, directeur général à la Commission ne s’est pas laissé démonter pour autant. «Le retard des Etats-Unis ne doit pas être une raison pour ne pas faire ce qui est nécessaire», a-t-il tranché. Les négociations sur l’application de Bâle 3 en Europe, via la directive CRD 4 se poursuivent toujours avec peine.
Le directeur général du Trésor, Ramon Fernandez, a aussi mis en garde contre tout excès. Il reconnaît que Bâle 3 peut être amélioré, notamment sur la question des ratios de liquidités (LCR) mais prévient qu’«il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain».
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