La réforme des structures bancaires se fera en douceur
Bruxelles va finalement opter pour une «Volcker Rule» à l’européenne assez proche de la réforme française de 2013 dans le cadre de sa réforme des structures bancaires qui sera proposée le 29 janvier. Elle n’appellera toutefois pas de changements immédiats puisque sa mise en œuvre s'étalera jusqu’en 2019. Au total, une trentaine de banques seront concernées. Michel Barnier, le commissaire en charge du dossier, a par ailleurs ménagé le Royaume-Uni en lui accordant une large dérogation.
Comme le recommandait le groupe Liikanen, la Commission européenne a retenu un double seuil pour sélectionner les banques auxquelles s’appliqueront l’interdiction du trading pour compte propre et une éventuelle filialisation des activités de marché pour celles collectant par ailleurs des dépôts. Outre les 14 banques européennes reconnues comme mondialement systémiques par le Conseil de stabilité financière, ces mesures structurelles toucheront tous les établissements dont le total de bilan a excédé 30 milliards d’euros pendant trois années consécutives et dont les actifs ou passifs de trading dépassent 70 milliards ou 10% du total bilan, y compris s’il s’agit de filiales de banques étrangères.
Mais la définition du trading pour compte propre retenue par l’Europe sera plus «étroite» que celle en vigueur aux Etats-Unis et préservera la tenue de marché, selon le projet de règlement dont dispose L’Agefi. En pratique une importante marge de manœuvre sera laissée aux autorités de régulation pour le calibrage des règles (notamment les modalités de calcul du trading book) et au superviseur pour leur mise en œuvre banque par banque. Une exemption de l’obligation de filialisation est notamment prévue au bénéfice des établissements dont la structure «décentralisée» fait cohabiter collecte de dépôts et activités de marché dans des filiales régionales.
A la demande du Royaume-Uni, Bruxelles a en outre prévu une large exemption des obligations de séparation pour les pays adoptant des mesures structurelles équivalentes. «Michel Barnier a toujours dit qu’il ne voulait pas gêner la mise en œuvre de la réforme Vickers», indique-t-on de source proche du commissaire.
Pour l’industrie, cette nouvelle salve réglementaire est au contraire jugée redondante avec les mesures prises jusqu’à présent et notamment la revue des trading books impulsée par le Conseil de stabilité financière pour les plus grands établissements. «Avec l’exercice des «testaments» (living wills), les banques font déjà beaucoup plus attention à la manière dont elles sont structurées pour rendre plus efficace la gestion du groupe et en particulier la gestion des risques. Il est important de préserver la possibilité de scinder une banque selon les pistes identifiées dans son plan de résolution», déclare Robert Priester, de la Fédération bancaire européenne.
La réforme structurelle n’entrera quoi qu’il en soit que très progressivement en vigueur. La Commission table sur une adoption en décembre 2015. «On va laisser planer au-dessus du secteur bancaire européen une épée de Damoclès qui va profiter aux concurrents asiatiques et américains», regrette la FBE. Les textes d’application ne seront pas finalisés avant 2017. L’adoption des plans de séparation des activités risquées est, elle, prévue en 2019 et les éventuelles filialisations en 2020.
Plus d'articles du même thème
-
Rexel veut muscler son jeu aux USA avec le rachat de GCG pour 1,4 milliard de dollars
Le distributeur de matériel électrique Rexel renoue avec la croissance externe en s'offrant une plateforme spécialisée dans les infrastructures. -
Le dollar accompagne la hausse du pétrole
Le billet vert peut régulièrement se recorréler au cours du pétrole, cette fois-ci davantage en lien avec les pressions inflationnistes aux Etats-Unis que pour son rôle de valeur refuge. Mais cette "recorrélation" avec le cycle monétaire n’est par définition pas forcément durable. Surtout si les autres banques centrales remontent aussi leurs taux. -
Le collège de l'AMF requiert une lourde sanction contre Auris Gestion et ses deux dirigeants
L’organe de poursuite a sollicité une amende d'un million contre la société de gestion, assortie d’un avertissement, et de 500.000 en cumulés contre deux de ses dirigeants.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF a d’ores et déjà collecté plus qu’en 2025
- Le plan stratégique de la Société Générale fait la part belle à la réduction des coûts et à la croissance
- Le patron de BoursoBank prend du galon chez la Société Générale
- La Société Générale fait de BoursoBank sa figure de proue
- Emporté par le digital, Wakam fait une sortie de route
- Le scénario de vente de Cetelem en Espagne se précise
Contenu de nos partenaires
-
IA : la Chine et les Etats-Unis vont instaurer un canal de communication spécifique aux incidents
En plus de ce canal de communication qui doit permettre de faire face aux incidents liés à l’IA, un dialogue bilatéral sur la nouvelle technologie a été mis en place -
« L’extrême droite a triché » : comment une vidéo sur Facebook a fait annuler l’élection municipale à Montargis
L’annulation de l’élection municipale à Montargis à la suite de la diffusion d’une vidéo diffamatoire sur Facebook pourrait créer un précédent juridique inédit. Le RN souhaite faire appel. -
Détroit d'Ormuz : Donald Trump rejetterait le plan iranien de réouverture en sept jours
« Le délai de sept jours commencera dès que les Etats-Unis accepteront ce plan », a indiqué Abbas Araghtchi, ministre iranien des Affaires étrangères, vendredi 25 septembre, depuis le siège des Nations unies. Las, Washington refuserait l'offre iranienne et envisagerait de reprendre les bombardements après les élections de mi-mandat