La Macif fait le pari risqué de la course à la taille
Les représentants des salariés d’Aviva France n’ont pas caché leur satisfaction après l’annonce de leur rachat par la Macif. L’assureur mutualiste était de loin leur choix préféré. Les arguments s’entendent. En regroupant leurs forces, Macif et Aésio (qui se sont unis au début de l’année pour former Aéma) et Aviva formeront un acteur de poids de l’assurance en France. Le nouveau groupe serait numéro 4 sur les dommages particuliers, numéro 2 en santé individuelle (derrière Vyv) et numéro 3 en assurance individuelle. Sur le papier, le rapprochement semble donc avoir toute sa logique. Cependant, la réunion de ces deux groupes n’est pas gagnée d’avance.
Financement supportable bien que tendu
Pour financer ce rachat à 3,2 milliards d’euros, Macif a recours à ses fonds propres – de 3 milliards d’euros –, et émettra une dette subordonnée de 1,7 milliard d’euros. De son côté, la dette subordonnée d’Aviva se monte à 700 millions d’euros, ce qui fait un total de 2,4 milliards d’euros. «La dette subordonnée reste très chère, avec des intérêts qui peuvent atteindre 5%. Au total, le groupe, après le rachat, aurait une charge d’intérêt sur cette forme de dette de plus de 100 millions d’euros», estime un bon connaisseur du secteur. Avec un résultat, pour Macif en 2019 de 144 millions d’euros et pour Aviva France de 340 millions d’euros, la charge n’est pas négligeable.
Sur ce point cependant, tous ne sont pas inquiets. Chez Octo Finance, Louis Nonchez, analyste spécialisé sur l’assurance, estime qu’«une charge de 100 millions d’euros supplémentaire pourrait reposer entièrement sur Macif, qui dégagerait encore 100 millions d’euros de résultat opérationnel. Au niveau groupe, certes il y aura un alourdissement de la charge à court terme, mais cela restera dissous dans l’ensemble de manière qui nous paraît acceptable». D’autant qu’il est possible que la dette d’Aviva soit remboursée de manière anticipée lors de la conclusion de l’opération.
Des cultures différentes mais gérables
Si le nouveau groupe peut supporter les charges liées au financement du rachat, un autre problème se posera : celui de la culture d’entreprise. Les deux entités demeurent très différentes. Un réseau salarié mutualiste côté Macif, et un réseau comprenant des agents généraux de l’autre. Les deux acteurs n’ont pas le même positionnement tarifaire ni marketing. Sur ce point, la politique semble claire : «Il faut laisser vivre chaque réseau, les agents généraux et les salariés sont très différents», déclare une source proche. Et si une comparaison est souvent faite entre la succession d’opérations entre Macif et Aésio, puis Aviva, et le rapprochement entre Groupama et Gan à la fin des années 1990 – qui s’était soldée par un fiasco –, la situation apparaît ici différente. «Le modèle Aésio est différent de celui de Groupama Gan où il n’y avait plus que des marques séparées. Chez Aésio et Macif chaque marque a ses propres leviers sur la conception des offres ou la gestion des sinistres», explique cette même source. Et même indépendance du côté d’Aviva. Les entités apparaissent donc ici complémentaires dans leur approche de la clientèle. Par ailleurs, la Macif gère aussi un réseau de courtage, Apivia.
Peu de synergies
Cette complémentarité se constate aussi du point de vue des métiers, chacun ayant sa ou ses spécialités (lire encadré). Elle existe aussi sur le plan géographique. Les agents généraux d’Aviva sont plutôt présents dans les villes de taille moyenne, tandis que la Macif est davantage implanté dans les grandes villes. Cette complémentarité territoriale aura cependant du mal à se concrétiser par des synergies dans la vente de produits. «Les synergies commerciales ne me paraissent pas réalistes», estime Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Fact & Figures. Finalement, le résultat du rapprochement pourrait ne pas correspondre à une somme des parties. «Il n’est pas dit que le nouveau groupe ne perde pas de parts de marché contre les bancassureurs, très dynamiques et qui représentent 26% du marché de l’habitation et 17% du marché de l’assurance automobile», commente le consultant.
Cette opération reste néanmoins très importante dans le paysage de l’assurance français. Certains acteurs comme la Matmut ou la Maif pourraient maintenant se retrouver seuls face à trois grands groupes que sont Covéa, Groupama et le nouvel ensemble Macif Aésio Aviva.
{"title":"Une compl\u00e9mentarit\u00e9 dans les m\u00e9tiers»,"body":{"value":"Selon les chiffres compil\u00e9s par Cyrille Chartier-Kastler, avec un chiffre d\u2019affaires 2019 de plus de 3 milliards d\u2019euros sur les dommages particuliers, la Macif fait plus de trois fois la taille d\u2019Aviva (909 millions d\u2019euros). Sur la sant\u00e9 individuelle, A\u00e9sio p\u00e8se 932 millions d\u2019euros, Macif 706 et Aviva 207. De la m\u00eame mani\u00e8re, la sant\u00e9 collective repr\u00e9sente 828 milliards d\u2019euros chez A\u00e9sio, 163 chez Macif et seulement 31 chez Aviva. Pour les dommages professionnels et entreprises, c\u2019est Aviva qui est beaucoup plus important, avec un chiffre d\u2019affaires de 475 millions d\u2019euros, contre seulement 43 millions pour la Macif. Concernant la pr\u00e9voyance individuelle, la mutuelle niortaise domine, avec 398 millions d\u2019euros de chiffre d\u2019affaires, contre 294 millions pour Aviva et 24 seulement pour A\u00e9sio. Enfin, autre activit\u00e9 notable, en assurance vie, Aviva p\u00e8se 91 milliards d\u2019euros, comprenant le contrat de l\u2019Afer (lire par ailleurs), alors que Macif ne repr\u00e9sente que 25,8 milliards d\u2019euros. <\/p>\n»,"format":"light_html"}}
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