La loi Lagarde confirme ses effets délétères sur le crédit renouvelable
Les appréhensions des professionnels du crédit à la consommation se concrétisent: la loi Lagarde, entrée en vigueur le 1er mai 2011, modifie profondément le marché du crédit renouvelable, révèle l’évaluation menée par l’Association française des sociétés financières (ASF).
La part du renouvelable est passée de 40% à 35% dans la production globale de crédits à la consommation entre 2009 et 2011. Les gros montants sont les plus touchés. Le nombre d’ouvertures de crédits renouvelables dont le montant autorisé est supérieur à 3.000 euros (l’un des seuils pour certaines dispositions de la loi) a ainsi diminué de 26% en 2011. La baisse n’atteint plus que 7,3% pour les montants inférieurs ou égaux – elle est de 12% tous montants confondus.
La tendance s’accélère: le recul passe de 5,3% au premier semestre 2011 à 17,8% au second, où la loi a joué pleinement. Pour les autorisations supérieures à 3.000 euros, la chute atteint 45% au second semestre.
Le montant moyen autorisé a également reculé: -16% en 18 mois, passant de 3.250 à 2.730 euros. La somme moyenne par utilisation est de 244 euros en 2011. «On assiste à un recentrage du crédit renouvelable vers le financement des petits achats et la gestion du budget», estime Françoise Palle-Guillabert, délégué général de l’ASF.
Les résiliations s’accélèrent également, sous l’effet de l’amortissement minimum obligatoire imposé par la loi. En 2011, leur nombre (5,9 millions) excédait nettement celui des ouvertures (3,9 millions). Il a progressé de 43% entre le troisième trimestre 2010 et le dernier trimestre 2011. «Le mouvement va s’accentuer lorsque les mesures faisant l’objet d’une période transitoire [taux d’usure jusqu’en avril 2013, amortissement minimum un an plus tard] prendront leur plein effet», rappelle l’ASF.
Si les dirigeants des filiales de groupes bancaires tentent de faire bonne figure face au bouleversement qu’engendre la loi Lagarde, ils craignent le cumul avec les règles prudentielles de Bâle 3 – dans lesquelles les activités non génératrices de dépôts sont fortement pénalisées – qui pourraient affecter l’ensemble des crédits à la consommation. «Les groupes qui ne sont pas collecteurs ont les plus grandes difficultés à appliquer Bâle 3 et la CRD 4, tant les spécialistes que les filiales», souligne Françoise Palle-Guillabert. L’ASF compte sur des amendements déposés par des députés européens qu’elle a sensibilisés aux spécificités de ses métiers.
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