La hausse du crédit ira sans nouvelles contraintes de fonds propres
La révision des comptes nationaux amène parfois des surprises, même pour le régulateur financier. En procédant à une nouvelle estimation des comptes financiers jusqu’au deuxième trimestre 2017, la Banque de France a revu en forte hausse le « Basel gap », soit l’écart du ratio crédit/PIB par rapport à sa tendance de long terme. Cet écart, calculé selon des normes du Comité de Bâle, et concernant l’ensemble du crédit à l’économie, était estimé fin septembre à 3 points (en se basant sur les comptes du premier trimestre). Il atteint désormais 5,4 points – sur la base des comptes du deuxième trimestre.
Une dérive apparemment inquiétante du crédit, jusqu’à un niveau qui justifierait que le Haut conseil de stabilité financière (HCSF) impose aux banques un coussin de fonds propres contra-cyclique – au-delà des exigences actuelles – correspondant à 1 % de leurs actifs pondérés du risque. Ce serait l’application mécanique de la méthode de calcul définie par le Comité de Bâle, relève le HCSF, dans son communiqué de fin de trimestre concernant le taux du coussin de fonds propres contra-cycliques.
En fait, il n’en sera rien. Le HCSF « a décidé de maintenir le taux (…) pour la France à 0 % », indique le communiqué. Cela se justifie par un constat fort différent de cette apparence de dérive du crédit. Les 5,4 points d’écart constatés au deuxième trimestre sont à relativiser : ils se comparent en fait à un chiffre révisé à 6,1 points pour le premier trimestre. Au lieu de se creuser, l’écart se resserre donc.
En outre, sur le seul crédit bancaire, l’écart par rapport à la tendance de long terme se resserre aussi, passant de 0,8 point au premier trimestre à 0,7 point au deuxième, loin du seuil d’alerte (1,5 point).
Ce qui ne veut pas dire que le HCSF abandonne sa vigilance à l’égard de l’évolution du crédit. Il a du reste décidé – ce n’est pas encore entré en vigueur – de limiter l’exposition des grandes banques vis-à-vis d’une dizaine de grandes entreprises dont l’endettement dérape. Une analyse de l’envolée de la dette privée toutefois contestée par l’Insee, qui met en avant la hausse concomitante de la trésoreriede ces entreprises.
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