La dégradation des banques françaises par Moody’s s’inscrit dans la logique
L’éventualité d’une dégradation des notes des banques françaises par Moody’s cette semaine a provoqué beaucoup d’agitation. Elle ne serait pourtant pas surprenante.
L’agence de notation ne ferait qu’emboîter le pas de ses concurrentes S&P et Fitch. Les notes que ces dernières ont attribuées au Crédit Agricole, à la Société Générale et à BNP Paribas sont en effet inférieures d’un ou deux crans à celle de Moody’s. Tout en restant dans la catégorie «investment grade».
En outre, les trois établissements français avaient été placés sous surveillance négative le 15 juin dernier par Moody’s: la période de réflexion avant toute prise de décision arrive à son terme. Pour un banquier de la place, cette mise sous surveillance par Moody’s découle «des déclarations des gouvernements européens qui, prenant conscience de l’aléa moral de leur position, avaient déclaré avant l’été que le soutien systématique des établissements de crédit était révolu. L’agence prend au pied de la lettre ces déclarations publiques. Mais il est évident qu’un Etat ne laissera pas son système bancaire s’écrouler sans intervenir !».
D’ailleurs, toutes les agences n’ont pas fait de même. «Pour arriver à une note à long terme, Fitch attribue une note basée sur les fondamentaux de la banque (note de viabilité) ainsi qu’une note basée exclusivement sur le soutien qu’elle peut espérer recevoir de l’Etat ou d’un actionnaire (note de soutien plancher). La note à long terme est la plus haute de ces deux notes», expliquent Eric Dupont et Alain Branchey de Fitch. L’évaluation de la qualité ou la probabilité de ce soutien sont donc déterminants.
Les notes actuelles attribuées par Moody’s semblent en effet généreuses aux yeux des professionnels. Comme le rappellent les stratégistes de RBS, «le fait de ne plus accorder à SocGen le bénéfice d’un soutien souverain implicite devrait très probablement conduire à une dégradation de deux crans. Quant à la baisse d’un cran initialement envisagée pour BNP Paribas et Crédit Agricole, beaucoup de choses se sont produites depuis. La note actuelle de l’Agricole (Aa1) est généreuse et aucune banque européenne ne nous semble la mériter. Une dégradation de deux crans, logique, la laisserait mieux lotie que chez S&P. La possibilité d’une dégradation de deux crans de BNP Paribas est une possibilité très réelle», détaille la note RBS.
Cela dit, les marchés obligataires restent plus sévères. «Même dégradées, les notes des banques françaises ne reflèteront de toute façon pas le coût de leur financement», estime un analyste.
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