La crise actuelle démontre les failles conceptuelles de Bâle 3
Les banques ont encore vécu hier une journée terrible en Bourse, les investisseurs craignant une fois de plus leur exposition aux dettes des Etats périphériques de la zone euro. Autant dire que les futures règles Bâle 3, encore en discussion, paraissent plus que jamais déconnectés de la réalité. Les ratios de liquidité à court (30 jours) et à long terme (un an) encouragent en effet les établissements à gonfler leurs bilans d’obligations d’Etat, réputées liquides à 100%. En termes de solvabilité, les dettes d’Etat de la zone euro sont considérées comme des actifs sans risque, et n’exigeant donc pas de fonds propres. Or, les événements montrent qu’il faudrait exclure les titres souverains grecs, bien sûr, mais également italiens, espagnols, portugais, irlandais…
«Il paraît politiquement difficile d’exiger des banques de ces pays de ne détenir que du Bund allemand, ironise un banquier de la place. Il devient clair que les ratios de liquidité ne peuvent plus être fonction de la dette souveraine. Chez les régulateurs européens, on assiste à un début de prise de conscience de leur inadaptation». Les représentants des établissements militent depuis longtemps pour un élargissement du panel d’actifs éligibles au calcul de ces ratios.
Compte tenu du contexte actuel, les investisseurs estiment les banques européennes sous-capitalisées. Un sentiment encouragé par les exigences de fonds propres de Bâle 3: alors que leur application est répartie sur cinq ans de 2013 jusqu’en 2018, le marché considère qu’elles doivent être respectées dès 2013.
Dès lors, comment s’étonner que, de source proche de la Banque de France, on insiste sur la nécessité de mettre en œuvre Bâle 3 au plus vite ? «Il est important que les exigences soit tenues, mais selon le calendrier le plus court possible». «Bâle 3 aura atteint un objectif, se désespère le banquier: convaincre qu’il suffit d’avoir un ratio de fonds propres d’au moins 10% pour faire face à n’importe quel scénario farfelu».
Quant aux banques américaines, elles semblent réserver à Bâle 3 le même sort qu’à Bâle 2: la corbeille. L’offensive a été menée par Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan, dans un entretien au Financial Times lundi. Il y juge les futures règles de Bâle 3 «anti-américaines» et incite même le régulateur de son pays à quitter le comité de Bâle. Il estime les établissements d’outre-Atlantique injustement traités, notamment dans les actifs éligibles au calcul du ratio de liquidité.
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