La Caisse des dépôts défend ses intérêts chez CNP
La riposte s’organise dans le dossier CNP. Alors que BPCE vient d’officialiser son intention de confier dès 2016 à Natixis, et non plus à la compagnie publique, les nouveaux contrats d’assurance de personnes vendus aux clients des Caisses d’Epargne, le premier actionnaire (41% en direct) de l’assureur, la Caisse des dépôts, fait valoir ses intérêts. Avec une première décision plus que symbolique: son directeur général Jean-Pierre Jouyet (photo) va reprendre son mandat d’administrateur de CNP Assurances.
A son arrivée à la tête de l’institution de la rue de Lille en juillet 2012, l’ancien patron de l’AMF avait renoncé à siéger aux conseils des sociétés cotées dans lesquelles la Caisse détient des participations, pour éviter toute accusation de conflit d’intérêts. Jean-Pierre Jouyet estime désormais ce risque écarté. «Quand les intérêts vitaux de la Caisse des dépôts nécessitent sa présence dans les conseils d’administration, ma volonté et celle d’Henri Emmanuelli est qu’elle soit représentée à son plus haut niveau», indique le dirigeant à L’Agefi.
A l’heure où des négociations stratégiques s’engagent sur l’avenir de CNP Assurances, Jean-Pierre Jouyet peut difficilement laisser François Pérol, le président de BPCE, et Philippe Wahl, celui de La Poste, siéger en son absence au conseil de la compagnie. «En aucun cas, la Caisse des dépôts n’acceptera que la CNP soit déséquilibrée à son détriment», ajoute le dirigeant. Celui-ci souligne aussi la nécessité pour la compagnie «d’accélérer son développement pas uniquement en assurance vie, mais aussi dans la prévoyance et l’assurance emprunteur».
Dans ce dossier, l’Etat est resté relativement discret, tout comme La Poste. Avec 1% du capital, il est pourtant membre à part entière du pacte d’actionnaires de CNP. «A un moment où les débats sont vifs autour de l’assurance vie, l’Etat ne peut se désintéresser de l’avenir de la première compagnie d’assurance vie de France, qui plus est publique», relève Jean-Pierre Jouyet.
L’avenir de CNP est bien d’un «intérêt vital» pour la CDC. En moyenne, entre 2009 et 2012, l’assureur vie a apporté près de 400 millions d’euros par an de résultat net dit récurrent au groupe Caisse des dépôts, soit un quart des profits de ce dernier, selon une présentation aux investisseurs datée d’octobre 2013 et publiée sur le site de la CDC. Toute perte de valeur de l’assureur aurait aussi un impact sur les fonds propres de son premier actionnaire.
Or, la Caisse compte sur l’apport de CNP pour atteindre les objectifs de son nouveau plan stratégique présenté la semaine dernière à 3.500 cadres du groupe. Un plan qui vise à lui redonner des marges de manœuvre financières, éprouvées par le coût du naufrage de Dexia (4 milliards d’euros). A l’heure actuelle, le groupe affiche une solvabilité de 110% par rapport au minimum requis par son modèle, soit une marge de 2 milliards, selon des chiffres communiqués hier à la commission des finances de l’Assemblée nationale.
«Je souhaite reconstituer les fonds propres et les résultats du groupe Caisse des dépôts au niveau qui était le leur avant la crise», explique Jean-Pierre Jouyet. Cela supposerait de porter les fonds propres consolidés hors plus-values latentes de 20,4 milliards à fin juin à 22 ou 23 milliards, à une échéance non spécifiée. Pour y parvenir, l’institution entend aussi faire des économies en évitant les doublons dans son organisation, et faire tourner plus rapidement ses portefeuilles de placements.
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