La baisse de la note américaine fait craindre pour la liquidité des banques
Il est encore trop tôt pour établir dans quelle mesure la dégradation de la dette souveraine américaine par Standard & Poor’s limitera l’accès au financement des banques européennes. Mais la décision de l’agence de notation alimente l’inquiétude des investisseurs. L’exposition nette des établissements aux obligations d’Etat américaines atteint 205 milliards d’euros, selon les chiffres des tests de résistance collectés par l’European Banking Authority (EBA) et publiés en juillet.
Les Credit Default Swaps (CDS, contrats de protection contre le risque de défaut) de certaines banques ont déjà fortement décalé. Les banques italiennes notamment: selon CMA, UniCredit a vu son CDS augmenter de 94% entre le 1er août et hier, à 5.007 points de base (pb); celui de MPS s’est adjugé 84% (à 4.861) et celui d’Intesa Sanpaolo 79% (à 4.720). Ils illustrent les difficultés des banques transalpines, confrontées à l’endettement de l’Etat, à se financer. Elles ont ainsi doublé leurs emprunts auprès de la Banque d’Italie au mois de juillet, pour atteindre 80,5 milliards d’euros.
Les établissements français ne sont pas en reste. Parmi eux, la Société Générale, qui a publié un avertissement sur ses prévisions de résultats mercredi dernier, est en pole position: toujours selon CMA, son CDS a bondi de 121% en une semaine, à 4.057 pb. Celui de Crédit Agricole SA, dont la maison-mère est fortement exposé à la Grèce et à l’Italie, progresse de 95% (à 4.101).
«Il n’y a pas de lien direct entre la note de la dette américaine et le besoin de financement des banques. En outre, les banques européennes ont amélioré la gestion de leurs liquidités depuis la crise financière de 2008 en empruntant à plus long terme; les établissements français, notamment, sont bien avancés dans leur programme de refinancement à mi-année. Mais on sent que le marché se pose la question», constate Elisabeth Grandin, analyste-crédit chez Standard & Poor’s.
Cette question se pose principalement à propos du comportement des fonds monétaires américains (money market funds), dont certains établissements dépendent plus ou moins pour se financer. L’agence Fitch avait établi en juin que les banques européennes pesaient la moitié de l’exposition des dix principaux fonds monétaires. Les établissements français représentaient la part la plus importante (15%), suivi des britanniques (9,7%). Ces acteurs étaient en revanche absents d’Irlande et du Portugal et avaient très largement réduit leur exposition à l’Italie (0,8%) et à l’Espagne (0,2%).
Selon les montants recensés par Lipper, ces fonds ont subi près de 66 milliards de dollars de retraits entre le 1er et le 3 août, soit le montant le plus important jamais atteint en dehors de la semaine du 18 septembre 2008 ayant vu la chute de Lehman Brothers. «Les fonds monétaires américains ont connu une baisse importante de leurs encours. Or, une partie de cet argent aurait pu bénéficier aux banques européennes. Le fait que le taux du Trésor américain se soit détendu hier, en dépit de la dégradation, montre que les grands investisseurs privilégient le soutien à la dette américaine», confirme le trésorier d’une banque française.
«Si l’argent de ces acteurs venait à manquer, les établissements européens pourraient avoir recours au programme de swap entre la BCE et la Fed [Réserve fédérale américaine]», rappelle le trésorier. Selon ce mécanisme, la Fed accorde des prêts en dollars à la Banque centrale européenne, qui peut à son tour prêter aux banques ayant besoin de dollars. «Les banques n’ont pas encore puisé dans ce programme, qui a intensément fonctionné entre les deux autorités pendant la crise financière. Si les fonds monétaires devaient subir davantage de retraits, en dépit du fait que la dégradation des Etats-Unis devrait en théorie renchérir les actifs américains et non européens, le programme de swap est une source possible de liquidité pour les établissements européens», estiment les analystes d’Exane dans une note.
«La dégradation peut également avoir un effet sur le marché de la pension livrée (repo) pour les banques européennes, dans les transactions où les obligations d’Etat américaines sont utilisées comme collatéraux», indique en outre un analyste-crédit. Un tel scénario, s’il se vérifiait, inquiète toutefois peu.
{"title":"","image":"77316»,"legend":"Exposition des banques europ\u00e9ennes aux obligations d\u2019Etat am\u00e9ricaines»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
La France espère fédérer le G7 sur la résolution des déséquilibres mondiaux
Face à une Chine puissante par ses exportations mais entraînant d’importants déséquilibres macroéconomiques, Roland Lescure souhaite faire adopter aux ministres des finances du G7 une méthode de résolution et une coopération renouvelée. -
Olivier Blanchard relance son projet de dette commune européenne
L'ex-directeur général du FMI et Angel Ubide, cadre de Citadel, viennent de préciser leur proposition pour créer des eurobond et doter la zone euro d'un actif refuge. Une solution taillée pour désamorcer les oppositions politiques, alors que l'Europe veut gagner en souveraineté financière. -
Anne Hiebler (CACIB) : «Le M&A est un métier très exigeant qui nécessite un important engagement personnel»
La responsable des fusions-acquisitions de la banque d’investissement du Crédit Agricole a débuté dans le monde du M&A au milieu des années 90. Elle ne l’a plus quitté depuis et explique comment elle a réussi à atteindre son poste actuel tout en distillant des conseils aux femmes souhaiteraient faire carrière dans ce métier encore très masculin.
ETF à la Une
Franklin Templeton dévoile quatre ETF sectoriels américains
- BPCE, Crédit Agricole SA et le Crédit Mutuel comptent 161 banquiers millionnaires
- Atos joue gros avec un refinancement à 1,25 milliard d’euros
- BofA clame sa prudence sur Renault et Stellantis
- Eric Larchevêque fait machine arrière sur son projet de «bitcoin treasury company»
- Wero pousse les feux sur son application
Contenu de nos partenaires
-
EXCLUSIF Reprise en mainLe grand ménage de Bruno Retailleau au sein de LR
Le renouvellement des instances locales du parti, en juin, devrait se traduire par un grand remplacement des cadres pro-Wauquiez par les amis du président et candidat des Républicains -
Trop-pleinLa France agricole malade de ses lois
La loi d'urgence agricole, réclamée par les agriculteurs lors des manifestations du début de l'année, sera débattue à l'Assemblée cette semaine. Avec un potentiel de déception important... Comme pour les précédentes -
EditorialScandale périscolaire à Paris : une affaire de plus en plus politique
Enquêtes, justice, colère des parents et... offensive des insoumis : Emmanuel Grégoire est loin d’en avoir fini avec ce scandale