Formations en fintech, cap sur l’Angleterre !
Directeur général de la société d’investissement Capital Securities à Athènes, George Politis, 45 ans, n’est pas à proprement parler un novice de la finance. Ni de la fintech. Après avoir assisté à un certain nombre de conférences et de « hackhatons » sur le sujet, ce professionnel a décidé de s’inscrire à la toute première formation en ligne sur la fintech prodiguée par Saïd Business School, l’école de commerce de l’université d’Oxford, en collaboration avec GetSmarter. « Je me suis inscrit dans un seul objectif : connaître très précisément quelle trajectoire en fintech donner à notre société d’investissement, explique le financier. Cette formation permet d’accéder à des compétences de type MBA, de savoir comment construire un projet. C’est un cours exigeant, comme on peut s’y attendre à Oxford ; de façon générale, elle offre un bon rapport qualité-prix. » Moyennant 2.500 livres (2.830 euros) les 10 semaines de cours, la première édition d’octobre 2017 (une seconde a été lancée en novembre) a rassemblé quelque 950 personnes. « Les profils sont très divers, indique Nir Vulkan, professeur associé en économie d’entreprise à Saïd Business School. Une majorité de nos étudiants ont entre 35 et 40 ans et occupent des postes de senior-middle management dans des entreprises. Un peu plus de la moitié a un parcours en finance. » L’ambition est de fournir un socle de compétences en finance traditionnelle et en fintech : tests, évaluations, mais aussi dissertations sur l’avenir du secteur bancaire, figurent parmi les exigences du cursus. « Les étudiants doivent aussi parvenir à élaborer un modèle économique de fintech viable. A cet égard, notre programme ressemble beaucoup à un programme d’entrepreneuriat », précise le professeur.
Des tarifs attractifs
D’autres universités britanniques ont développé des programmes spécialisés sur la fintech. Cass Business School et le New York Institute of Finance (NYIF) s’apprêtent ainsi à lancer, courant 2018, deux certificats conjoints en méthodes quantitatives en finance et en fixed income. De son côté, Imperial College propose deux modules facultatifs à destination de ses étudiants en master : l’un d’eux vise à enseigner le raisonnement algorithmique et la pensée quantitative. Le second – « Topics in fintech innovation » – s’appuie sur une série de conférences et de présentations sur la fintech réalisées par des professionnels du sujet. Enfin, l’université propose aussi des modules destinés aux financiers plus aguerris. « Afin de rester compétitifs, les cadres des services financiers doivent prouver la supériorité de leur valeur économique sur tout ce qui relève de la gestion des flux et des process de données, souligne le professeur Andrei Kirilenko, directeur du Centre for Global Finance and Technology à Imperial College. Ces programmes qui apportent une compréhension globale de la finance, de la réglementation et de la technologie visent aussi bien des étudiants de niveau master que des professionnels expérimentés afin de leur permettre de mieux se positionner sur le secteur de la finance. »
Par ailleurs, d’autres formations voient le jour. Cofondé cette année par un ancien de Citi, Huy Nguyen Trieu, le Centre for Finance, Technology and Entrepreneurship (CFTE) offre un cours en ligne en anglais d’une durée de 8 heures – « Around fintech in 8 hours » – avec quatre modules d’apprentissage et sanctionné par l’obtention d’un certificat. Le tout pour 299 livres (339 euros). « La vitesse actuelle de l’évolution technologique rend nécessaire une mise à niveau pour accéder aux exigences de cette finance nouvelle, explique Tram Anh Nguyen, cofondatrice du CFTE. Cette formation est volontairement abordable : l’idée est de démocratiser la fintech pour la rendre accessible, tous continents confondus. » Les premiers échos sont positifs. General manager au sein d’Oman Exchange Co, Zahid Kalolwala, tout nouvellement certifié, a particulièrement apprécié le format. « En m’inscrivant, je souhaitais obtenir une bonne connaissance générale de la fintech en un temps assez court. Le but est atteint : le cours est très structuré et nous avons la chance d’avoir accès à plusieurs professionnels de la fintech mondiale. »
Sur le marché du travail, les profils fintech sont de plus en plus recherchés. Mais pour l’heure, les entreprises privilégient les cursus traditionnels aux formations lancées récemment. « Les banques sont très friandes de diplômés d’Oxford ou de masters en informatique d’universités reconnues, constate Marta Gronowska, senior manager spécialisée dans la technologie au sein du cabinet de recrutement Morgan McKinley. On voit aussi beaucoup de transferts de professionnels aux parcours scientifiques vers ces métiers technologiques de la finance. » Réactives, les formations dédiées aux fintech peuvent rapidement être mises à jour. « Ce qui se passe aujourd’hui avec les fintech ressemble à s’y méprendre à l’avènement de l’e-commerce dans les années 2000, considère le professeur Nir Vulkan. Les écoles de commerce offraient à l’époque un certain nombre de cours spécifiques sur ce sujet. A présent, c’est devenu partie intégrante de leurs cursus. C’est peut-être ce qui se passera dans quelques années pour la fintech. »
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