Exclusif : Margrethe Vestager dévoile son plan d’action
Les sujets ne manquaient déjà pas avant la pandémie. Au-delà des mesures d’urgence, la crise sanitaire et économique du Covid-19, en bouleversant les équilibres, a renforcé la nécessité d’action de la Commission européenne. De quoi promettre un agenda chargé pour Margrethe Vestager, la vice-présidente de l’institution, en charge de la concurrence, dont elle dévoile les grands axes dans un entretien exclusif à L’Agefi Hebdo à paraître demain jeudi.
Autonomie stratégique
« Dans les prochaines années, plus de 85% de la croissance globale se fera en dehors de l’Europe. Nous devons donc nous connecter à cette prospérité pour en faire bénéficier les citoyens, tout en identifiant les activités que nous voudrions mieux exercer nous-même », avance Margrethe Vestager pour expliquer la notion d’« autonomie stratégique ouverte » défendue par les Vingt-Sept. Ce « nouvel équilibre » que recherche l’Europe n’est pas lié aux efforts diplomatiques déployés par la France pour atteindre une « Europe puissance » selon la Danoise, mais participe d’un « mouvement global » causé par « la course technologique, les rivalités systémiques et la compétition économique ».
« Nous devons rendre la mondialisation moins nocive pour la planète à la fois dans la politique commerciale et en incitant financièrement à faire les bons choix », insiste la commissaire européenne, selon laquelle « l’important sera de bien analyser ce qui a changé avec la pandémie » en matière de stratégie industrielle. Cette autonomie stratégique impliquera une révision du droit de la concurrence, prévient Margrethe Vestager.
Digital
Autre sujet phare : le digital. D’une part avec la taxe Gafa, pour laquelle les négociations internationales piétinent, même si l’accession au pouvoir de Joe Biden pourrait réaligner les Etats-Unis avec l’Europe sur ce sujet sensible. « Parfois les dynamiques changent, pas aussi vite qu’on le souhaiterait, mais elles changent. Nous devons donc persister dans ce débat qui se joue aussi au niveau de l’OCDE », espère la vice-présidente de la Commission.
D’autre part, Margrethe Vestager a « bon espoir qu’un accord soit trouvé au printemps 2022 sous présidence française » concernant le Digital Markets Act, texte qui vise à imposer aux« plateformes dites systémiques (…) un certain nombre d’obligations et d’interdictions ».
En revanche, pour le second texte présenté en début d’année, le Digital Services Act , la discussion « sera peut-être un peu plus compliquée, car elle contient le débat délicat sur ce qu’est un contenu illégal et ce qui doit être préservé pour respecter la liberté d’expression », reconnaît Margrethe Vestager. Mais selon elle « après le scandale Cambridge Analytica et ce qu’il s’est passé aux Etats-Unis, il me paraît urgent de se saisir de ce sujet. J’espère que tout le monde en est conscient ».
« Si on réussit à faire passer ces deux propositions nous pouvons changer le fonctionnement du marché digital, en le rendant plus ouvert, et enfin contrôler les plateformes systémiques », appuie la commissaire européenne.
Chine
Enfin, concernant l’accord sur les investissements trouvé avec la Chine fin 2020, celui-ci « ouvre la voie à un approfondissement de la relation complexe que nous entretenons avec la Chine (…) ». La Danoise ne voit pas de contradiction avec la lutte que veut mener Bruxelles contre les subventions étrangères qui déstabilisent le marché européen : « L’accord d’investissement est même plutôt une bonne nouvelle, en ce qu’il nous permettra un accès à l’information sur les subventions des entreprises chinoises opérant sur le territoire européen ».
L’intégralité de l’entretien est à lire demain dans L’Agefi Hebdo et en accès libre sur agefi.fr
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