Des programmes remaniés (p)réparent l’avenir
La crise sanitaire devrait aussi laisser des traces sur les contenus des programmes de formation dans la finance. Gérard Despinoy, directeur exécutif du master in finance de l’Essec, entrevoit une rupture dans l’appréciation du risque. « L’enseignement de la finance est très orienté vers l’analyse du passé, mais on oublie que le risque n’est pas que financier. L’épidémie de Covid-19 nous rappelle, à l’instar du scandale de l’amiante, qu’il y a des événements, des circonstances ou des conséquences futures – les ‘unknown unknows’ – que nous ne pouvons pas prévoir, des risques que l’on connaît mal et que l’on quantifie mal, expose-t-il. Certes, nous avons conscience du risque climatique, mais il est mal cerné et je pense que la façon de voir l’économie – donc la finance – va changer, en donnant de nouvelles directions à la recherche. »
Autre axe de réflexion pour Gérard Despinoy : la flexibilité qui, dit-il, permet de gérer le risque. « Le télétravail, qui est du gagnant-gagnant pour l’entreprise et le salarié, en est un bon exemple. Etre flexible, c’est savoir s’adapter aux évolutions, être résilient. La flexibilité a des conséquences directes en finance, avec une moindre volatilité des actifs. Mais cela implique aussi de responsabiliser davantage les individus et de leur faire confiance. » Matthieu Garcin, responsable de la majeure ingénierie financière à l’ESILV, estime également nécessaire de « renforcer la gestion des risques et d’affiner encore davantage la modélisation statistique pour rendre compte de la réalité du monde ».
Valeurs fondamentales
Beaucoup voient surtout dans la crise sanitaire un accélérateur de dynamiques déjà engagées depuis quatre ou cinq ans. « La finance verte, l’ESG (environnement, social, gouvernance, NDLR) et le numérique vont continuer à nourrir les cours, soutient Serge Darolles, responsable du master finance de Dauphine. Nous réfléchissons également à des enseignements plus techniques (donc nécessitant certains prérequis et accessibles sous forme de certificats), par exemple en intelligence artificielle, pour les étudiants les plus motivés. »
« Face à la crise sanitaire et aux profondes mutations de [la] société », l’Edhec Business School, quant à elle, « réaffirme sa volonté de mettre le business au service des générations futures ». Sa méthode pour rendre ses diplômés à même d’« identifier des opportunités dans un monde complexe » ? Une politique d’hybridation des parcours, avec de nouveaux accords de partenariats. L’un d’entre eux permet un double diplôme Edhec BBA (bachelor in business administration ) – UTC (Université de technologie) Compiègne, incluant, entre autres, une majeure finance.
Surtout, estime Olivier Bossard, directeur exécutif du MSc Finance de HEC Paris, « il y a en 2021 une véritable quête de sens. Les investisseurs recherchent non pas des placements avec un rendement à deux chiffres, mais des placements dans des sociétés vertes qui ont un comportement responsable, aussi bien en termes de gouvernance que d’éthique. Il y a également une demande profonde et sincère des étudiants, qui cherchent à donner du sens à leur carrière. On ne vient plus à la finance pour les grosses rémunérations, mais plutôt parce que les étudiants comprennent qu’ils auront les leviers pour changer le monde de demain ».
De fait, l’école a remanié ses programmes « pour placer la finance durable comme l’une des valeurs fondamentales à travers un large éventail de cours » : cours complet sur « l’investissement durable et responsable », séance consacrée à la finance socialement responsable dans le cours sur la « finance comportementale », accent mis sur les critères RSE dans la sélection des clients et la due diligence des transactions dans le cours « financement structuré », etc.
Le partenariat établi depuis un peu plus d’an (officiellement signé en juillet dernier) entre le gestionnaire de fortune et d’actifs Lombard Odier et l’université d’Oxford illustre cette tendance de fond. « Notre approche en matière de durabilité est depuis longtemps une conviction d’investissement », souligne Michael Urban. Pour cet analyste en durabilité senior chez Lombard Odier, l’approche ESG traditionnelle a montré ses limites : « Il ne s’agit plus seulement de s’intéresser à l’empreinte carbone qui repose sur des données rétrospectives, mais d’avoir une vue prospective dans une perspective d’alignement avec l’Accord de Paris. » La collaboration avec Oxford porte sur le financement d’une chaire de finance durable et différents projets de recherche. Selon Michael Urban, elle a d’ores et déjà permis au groupe suisse de confirmer sa méthodologie interne en matière de décarbonisation des investissements.
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