Claire Célérier (université de Toronto) : «Le domaine de la finance ne compte que 10% de femmes professeures de haut niveau»
Travailler dans la finance ne se borne pas à occuper un poste dans une banque ou une société d’assurances. Le secteur est bien plus large. La recherche en finance fait partie des pans indispensables à la profession et mérite que l’on s’y attarde. Lors de la 17ᵉ édition du Forum international des risques financiers de l’Institut Louis Bachelier, le conseil scientifique de l’Institut Europlace de Finance (IEF) et la fondation Scor ont décerné le prix 2024 du Meilleur jeune chercheur en finance à Claire Célérier, professeure associée de finance à l’université de Toronto, Rotman School of Management.
Ancienne élève d’HEC, de la Paris School of Economics, et ayant soutenu sa thèse à la Toulouse School of Economics, elle pourrait, par son parcours, susciter plus d’une vocation.
Vous avez commencé vos études par le parcours traditionnel des grandes écoles en entrant à HEC. Aviez-vous alors l’intention de poursuivre dans la voie académique ?
Lorsque je suis entrée à HEC, je n’avais pas d’intention particulière de m’orienter vers la recherche en finance. Cette décision est arrivée progressivement, notamment après mes années d’école de commerce. J’ai continué mes études à la Paris School of Economics de 2006 à 2007, puis j’ai passé le concours de la Banque de France. Si à cette époque je me dirigeais vers le métier d’économiste, je n’avais pas encore radicalement choisi de partir vers la recherche académique. C’est en travaillant à la Banque de France pendant deux ans que j’ai réalisé que ce qui m’intéressait réellement était de comprendre les fondements théoriques des modèles que nous utilisions. J’ai alors profité du programme de financements de doctorats de la Banque de France pour partir à Toulouse faire une thèse. Lorsqu’il a fallu revenir à la Banque de France, au bout de trois ans, c’est là que j’ai fait le choix de la voie académique. Je suis alors partie en 2012 faire un post-doctorat à Zurich où je suis restée deux ans. Ensuite, l’université de Toronto m’a contactée pour un poste.
Le parcours académique est-il compatible avec une vie familiale ?
Les voies classiques pour faire de la recherche académique peuvent parfois paraître effrayantes, mais il est possible d’associer ce parcours avec une vie familiale, et ce même avec des enfants en bas âge, comme c'était mon cas il y a sept ans lorsque j’ai commencé au Canada. D’autant que depuis, le fait que le domaine de la finance ne compte que 10% de femmes professeures de haut niveau commence à poser un problème aux universités. Elles aimeraient bien corriger cette anomalie. De mon côté, je suis aujourd’hui parfois sollicitée par des doctorantes pour entrer dans le réseau des chercheurs en finance, majoritairement composé d’hommes. Les femmes doivent aussi parfois se battre un peu plus que les hommes pour asseoir leur crédibilité.
Pourquoi avoir décidé de partir au Canada, plutôt que de rester en France ?
Cela fait partie d’un choix réfléchi. J’ai eu des opportunités de rester en France, mais l’université de Toronto est très performante dans beaucoup de champs différents de recherche. Y travailler est donc très enrichissant. Le déménagement a aussi été rendu facile, car le Canada est un pays accueillant, y compris pour les autres membres de la famille. J’ai d’ailleurs maintenant aussi la nationalité canadienne.
Aujourd’hui, quel est votre champ de recherche ?
Mon champ de recherche est assez large. J’étudie notamment les effets de l’activité des banques de détail sur les ménages et les inégalités. Je peux aussi examiner comment la régulation en capital des banques peut affecter l’impact des politiques fiscales. Mes approches sont à la fois empiriques, expérimentales ou encore historiques. Sur ce point, par exemple, j’étudie actuellement la manière dont une banque créée en 1865 aux Etats-Unis pour collecter l’argent des esclaves affranchis a sombré, entraînant avec elle, à force de fausses promesses publicitaires, la population vulnérable à laquelle elle était censée s’adresser. Ces sujets peuvent paraître éloignés, mais trouvent un écho aujourd’hui. La publicité dans la finance reste encore de nos jours peu régulée. Or cela peut avoir de véritables effets néfastes, notamment pour les personnes les plus fragiles.
A lire aussi : Kim Fustier : «Un retour en arrière sur le télétravail dans les banques pénaliserait les femmes»
Plus d'articles du même thème
-
Les femmes se font une place dans l’immobilier… sous le plafond de verre
Si elles représentent plus de la moitié des collaborateurs du secteur immobilier, les femmes sont encore largement sous-représentées au plus haut niveau de direction. -
Les lauréats du Students Challenge organisé par Natixis IM défient la crise ESG
Le concours annuel organisé par Natixis IM a réuni lors de la finale trois équipes au cours de laquelle chacune a défendu sa stratégie d’investissement multi-actifs intégrant des contraintes ESG. -
La donnée ESG, une Europe à l’origine mais pas aux commandes
WeeFin mesure la dépendance de la donnée ESG aux acteurs américains sur près de 6 .900 milliards d’euros d’actifs européens, dans un contexte de backlash venu des États-Unis renforçant l’ironie de la situation.
ETF à la Une
Schroders vise une dizaine d’ETF actifs d’ici la fin de l’année
- Le Crédit Agricole lancera une offre de trading crypto avant la fin de l'année
- CMA CGM se renforce dans la logistique du dernier kilomètre
- Kering se retrouve sous pression en Bourse avec la montée des doutes d'analystes
- La finance italienne pourrait perdre l'un de ses principaux investisseurs
- Les actions coréennes approchent du bear market
Contenu de nos partenaires
-
Je t'aime, moi non plusProcès Le Pen : Entre juges et politiques, un divorce déjà consommé
Les magistrats de la Cour d’appel de Paris sont sous forte pression tant leur décision changera le cours de l’élection présidentielle. Fragilisée par le scandale Lyhanna, la justice risque d'être sous le feu des critiques jusqu'en 2027 -
L'envie d'avoir envie« Le combat d’un père » : Edouard Philippe se lâche et se lance
Le candidat Horizons à la présidentielle promet des « efforts partagés » pour préparer « la France de nos enfants » -
EditoLe pied-de-nez de l’Iran à l’Amérique
Embourbé dans un conflit dont il ne voit pas l’issue, Donald Trump est là où il ne voulait pas être. Tout l’inverse de l'Iran, qui est là où l’Amérique, ne voulait pas qu’elle soit : conforté dans un rôle d’acteur régional incontournable