BPCE cultive de dispendieuses ambitions en Chine
BPCE souhaite tenter l’aventure en Chine. Le gouvernement de la province chinoise de Guangzhou cherche en effet à vendre une participation de 20% dans sa banque de réseau locale à des investisseurs étrangers pour un montant de 850 millions de dollars. Une opportunité que souhaitent saisir BPCE et la banque canadienne Bank of Nova Scotia, alors que Bank of Guangzhou aurait déjà autorisé les acheteurs potentiels à lancer leur due diligence, selon des informations relayées par Bloomberg.
Même si la province compte mettre plus de 50% de sa banque locale en vente, la législation chinoise interdit aux investisseurs étrangers de détenir plus de 25% dans une entreprise nationale avec une participation limitée pour un seul investisseur étranger à 19,99% du capital. Sous cette contrainte, la banque française souhaiterait s’emparer du niveau de participation maximal autorisé dans Bank of Guangzhou.
Michael Werner, analyste chez C. Bernstein & Co, estime que ce type d’opérations est «une opportunité unique pour les investisseurs étrangers d’obtenir une implantation immédiate dans le système bancaire chinois». En l’occurrence, Bank of Guangzhou, avec 82 agences commerciales et 3,5 millions de clients, offre des perspectives intéressantes. La banque table en effet sur un triplement de ses résultats cette année à 1,7 milliard de yuans.
Le groupe ne fait pas de commentaires. «Mais François Pérol s’est plaint récemment en interne de la faiblesse des revenus du groupe BPCE à l’international, et a évoqué l’Asie», confie une source interne.
Si de telles opérations sont logiques pour les établissements fortement pourvus en capitaux propres, BPCE doit encore rembourser 2,9 milliards d’euros à l’Etat d’ici à 2013. Or, la participation de 20% dans Bank of Guangzhou serait estimée entre 650 et 850 millions de dollars (630 millions d’euros). Si le montant peut paraître modeste, les marges de manœuvre de BPCE semblent limitées par le remboursement des titres de l’Etat, qui coûtent cher, et la nécessité de maintenir son ratio core tier one à un niveau raisonnable. Il était de 7,7% à fin septembre. Par ailleurs, les précédentes incursions du groupe à l’international, qu’il s’agisse de l’Europe centrale (Banques Populaires) ou du Maroc et de l’Océan indien (Caisses d’Epargne), ont livré des résultats mitigés. Et la gouvernance d’une banque chinoise reste un sujet délicat.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse