BNP Paribas met sa crédibilité dans la balance face à la justice américaine
Avis de gros temps pour BNP Paribas. Son cours a clôturé en baisse de 2,43% vendredi, à 51,37 euros, après avoir perdu jusqu’à 6% en séance. La fébrilité des investisseurs grandit à mesure qu’enflent les hypothèses de sanctions à l’encontre des activités passées de la banque, avec des pays sous embargo américain. Les 10 milliards de dollars (7,34 milliards d’euros) d’amende potentielle évoqués par le Wall Street Journal représentent 11% de la capitalisation boursière de BNP Paribas et dépassent les 6 milliards d’euros de bénéfice annuel attendu.
«Le dossier s’est considérablement envenimé depuis le provisionnement de 1,1 milliard de dollars effectué en fin d’année 2013», relève Pierre Chedeville, analyste chez CM-CIC Securities. Les discussions devraient se poursuivre plusieurs semaines et le montant final pourrait être bien inférieur aux prévisions, d’après le WSJ. Quoi qu’il en soit, une amende de 10 milliards amputerait le ratio de fonds propres durs Bâle 3 de BNP Paribas d’environ 110 points de base (pb) selon les analystes de Citi, et chaque palier d’un milliard de dollars aurait un impact de 12 pb selon leurs confrères de la Société Générale. Le ratio de solvabilité, de 10,6% à fin mars, pourrait passer sous la barre des 10%, devenue la norme en Europe en amont de stress-tests même si elle est supérieure au seuil réglementaire.
Pour préserver ses fonds propres, BNP Paribas pourrait supprimer son dividende 2014, mais ce dernier serait annulé d’office en cas de perte sur l’exercice liée. «Elle pourrait aussi diminuer les bonus, ou encore ne pas payer les coupons de certains titres obligataires», estime un analyste. Une amende conséquente «ne mettrait pas sa note de crédit sous pression», relativise Allesandro Roccati, analyste chez Moody’s qui souligne «la forte capacité opérationnelle du groupe à générer du capital».
L’agence de notation se montre plus prudente sur les risques liés à des poursuites pénales qui feraient fuir nombre de clients américains, et à un plaider coupable qui entraverait son activité de flux, en l’empêchant de compenser des paiements en dollars en dehors des Etats-Unis. «La perte de clients institutionnels pourrait aussi limiter (son) refinancement», pointe Moody’s qui rappelle que BNP Paribas emprunte environ 30 milliards de dollars aux fonds monétaires américains. Si la banque devrait pouvoir continuer à assurer sa liquidité, une «moindre flexibilité dans son financement» aurait un impact de crédit «négatif».
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