Banco Sabadell fait payer ses créanciers subordonnés
Nul ne sait encore si le plan d’aide aux banques espagnoles aura comme condition de faire payer les créanciers subordonnés. Dans une telle hypothèse, Sabadell prend de l’avance. La banque catalane a annoncé hier matin une offre d’achat et d’échange portant sur 1,6 milliard d’euros de dette subordonnée, ayant pour effet de convertir ces créances en capital. Les six lignes concernées ont été émises entre 1988 et 2009 par Caja de Ahorros del Mediterraneo (CAM), la caisse d’épargne en faillite que Sabadell a rachetée aux pouvoirs publics pour un euro symbolique le 1er juin.
A première vue, l’offre paraît favorable. Les titres de dette sont valorisés au pair lors de leur rachat. Banco Sabadell s’engage aussi à verser pendant 4 ans un dividende annuel de 6% sur les nouvelles actions émises, payable par trimestre. Au total, la banque fait donc valoir que son offre s’élève à 2,02 milliards d’euros. Un discours d’autant plus séduisant que les porteurs de ces titres préférentiels et subordonnés sont des clients particuliers à qui CAM avait vendu ces produits peu liquides.
Il y a pourtant une astuce: le prix de vente des actions nouvelles. Il s’agira du montant le plus élevé à déterminer entre la moyenne du cours de Sabadell sur les dix séances boursières précédant la clôture de l’offre, et le prix de 2,30 euros. Ce dernier a toutes les chances d’être retenu, car l’action de la banque traitait hier aux alentours de 1,40 euro et n’a plus passé la barre des 2,30 depuis mi-mars.
«Cela revient à une offre d’échange à environ 45% du pair, en tenant compte de la dilution et en supposant que tous les porteurs acceptent, calculaient hier les stratégistes crédit de RBS. Les investisseurs descendent aussi dans la structure de capital, et tout soutien de l’Etat causerait une dilution supplémentaire».
Ce n’est pas la première fois que des banques espagnoles de taille moyenne mettent à contribution leurs créanciers subordonnés. Dans le cas de Sabadell, une telle décote peut se justifier par le fait que CAM était de toute façon en faillite. Mais RBS soulève un point intéressant: «si le taux d’apport à l’offre est faible, Sabadell forcera-t-elle la conversion comme les banques irlandaises l’ont fait?». Réponse dans les prochaines semaines.
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