Anglo Irish impose une perte de 80 % à ses créanciers subordonnés

La banque irlandaise lance une offre d'échange sur des lignes représentant 1,57 milliard d’euros, à un prix inférieur à celui du marché
Alexandre Garabedian

Anglo Irish présente la facture à ses créanciers. Comme le gouvernement irlandais l’avait laissé entendre, les porteurs de la dette subordonnée de la banque vont devoir prendre à leur charge une partie du coût de sauvetage de l’établissement, que Dublin a évalué au minimum à 29 milliards d’euros. Ils devront plus précisément abandonner 80 % du montant nominal de leurs créances.

La banque a en effet annoncé et lancé dès hier des offres d’échange «volontaire» sur trois lignes obligataires subordonnées. Les titres concernés sont la FRN 2014, d’un montant en circulation de 325,2 millions d’euros, et dont Anglo Irish avait déjà racheté 424 millions d’euros, et les obligations 2016 et 2017, de 500 et 750 millions d’euros respectivement.

Les créanciers qui apporteront leurs titres à l’offre recevront des obligations de maturité décembre 2011, payant 3,75% au-dessus de l’Euribor. Ils sont largement incités à le faire: le gouvernement leur propose sinon une sortie en cash à un prix quasiment nul. Et «les investisseurs ont intérêt à échanger des titres aujourd’hui illiquides contre les nouvelles obligations», souligne un professionnel des marchés.

Sur les 1,57 milliard d’euros de nominal concernés, la perte en cas d’échange atteindra donc 80%, soit 1,26 milliard. Même si certains investisseurs ont déjà pris le gros de la perte en raison de la décote avec laquelle ces titres se traitent aujourd’hui, le gouvernement leur propose un prix encore inférieur à celui du marché. Selon Louis Capital Markets, la ligne 2014 se traitait avant l’annonce dans une fourchette de 27 à 29 cents sur le pair, tandis que les lignes 2016 et 2017 valaient plutôt entre 24,5 et 26 cents, dans un marché très peu liquide.

La banque prévoit par ailleurs d’insérer une option de rachat, à 1 cent ou 1 pence pour 1.000 euros ou 1.000 livres de nominal, sur différentes lignes perpétuelles dont l’encours atteint 377 millions d’euros, selon Bloomberg. Ces titres ne valent aujourd’hui qu’entre 5 et 8% du pair sur le marché.

Les offres d’échange s’achèveront mi-novembre, et l’ensemble du processus sera bouclé d’ici à la fin de l’année. En rachetant ses propres titres de dette avec une décote, Anglo Irish devrait enregistrer un gain comptable équivalent et augmenter ses fonds propres.

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