Thélem, une gestion au service de l’indépendance

L’assureur orléanais profite de son style défensif et de son joli patrimoine immobilier parisien.
Laurence Pochard
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Une utopie qui dure depuis plus de 200 ans. Thélem Assurances, fondée en 1820 en tant qu’assurance mutuelle contre l’incendie pour le département du Loiret, porte un nom proche de la première utopie de la littérature française, celle de l’Abbaye de Thélème décrite par Rabelais dans Gargantua, située au sud de la Loire. Les Thélémites agissent selon leur libre arbitre, suivant leur unique règle : « Fay ce que vouldras », mais loin de faire le mal, ils sont poussés par l’honneur à agir vertueusement. Une conduite raisonnée que l’assureur veut faire vivre dans son style d’investissement. Thélem Assurances réalise un chiffre d’affaires de 402,4 millions d’euros et estprincipalement actif en assurance dommages. L’assureura commencé il y a quelques années à se positionner en assurances de personnes avec de la prévoyance (11 millions de revenus, en croissance de 30 à 35% par an). Il dispose d’environ un milliard d’euros d’actifs financiers et son ratio de solvabilité est de 230%. Le portefeuille financier est géré à 88% en interne, pour 12% de délégation essentiellement sur les sujets de non coté. «A la fin de 2021, nous détenions près de 18,1% de cash, car j’assume de ne pas vouloir investir pour un rendement à taux négatif, ce qui nous guide c’est le ratio rendement / risque», explique Christian Martin, directeur financier de l’assureur depuis un an. Le portefeuille de placements comporte 40% d’obligataire, avec seulement 4% de titres d’Etats. Le reste est principalement investment grade, avec un peu d’obligations à haut rendement et de non notées, le tout avec une duration moyenne très courte de 3 à 7 ans maximum. Les actions pèsent autour de 10%, avec 7% de titres cotés, 2% de capital investissement et 2% de convertibles. «Notre exposition aux actions est relativement faible par rapport au passé, nous avons en effet profité des marchés haussiers pour légèrement nous alléger», commente le directeur financier. Patrimoine immobilier de prestige Thélem compte surtout 30% d’actifs réels dans son portefeuille. Cela recouvre essentiellement de l’immobilier, ainsi qu’un peu d’infrastructures avec 10 millions d’euros d’exposition, pour deux tiers en capital et un tiers en dette. «Notre directeur général Daniel Antoni a mis en place depuis plus de 10 ans une stratégie de constitution d’un patrimoine immobilier dans le quartier central des affaires parisien, et aujourd’hui nous bénéficions à plein des revalorisations», ajoute Christian Martin, qui estime que les actifs parisiens ont été revalorisés de 15% en 2021 et les rentes de 30 à 40%. Il s’agit principalement de petits immeubles de 1.500 mètres carrés ou des hôtels particuliers, détenus en pleine propriété pour pouvoir réaliser des travaux sans être soumis à des décisions d’assemblée générale de copropriétaires. Le tout dans des lieux chics: rue de la Paix, rue de Monceau, avenue d’Iéna ou boulevard Saint Germain. Le portefeuille est à 85% parisien, le reste par tradition se trouve à Orléans, par exemple rue de la République ou place du Martroi. Une réflexion est d’ailleurs en cours pour effectuer des arbitrages sur de l’immobilier commercial orléanais en 2022. La rentabilité de ce patrimoine se situe autour de 5%, et le plus gros du travail de revalorisation a été fait selon Thélem, avec des bureaux adaptés à un monde post-covid et choisis avec des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Le portefeuille immobilier comporte une double dimension: il apporte de la rentabilité mais surtout un potentiel de revalorisation, qui permet de constituer des fonds propres économiques, garants de l’indépendance de l’assureur. En 2021, le portefeuille parisien a été revalorisé de 15% grâce à la politique de montée en gamme. L’immobilier est géré totalement en interne par une équipe de quatre personnes. Deux personnes s’occupent de la gestion forestière: Thélem détient 1.865 hectares à Pessillot près de Châteauroux (36). Le domaine est exploité avec des coupes de bois et une dizaine de chasses par an. Adaptation à la conjoncture L’assureur compte autour de 140 millions de plus-values latentes à la fin de 2021, ce qui équivaut à 20% de ses actifs. La stratégie pour 2022 anticipait une hausse des taux et des ajustements ont été décidés. «Notre stratégie de placement 2022 vise à renforcer le portefeuille obligataire de 38 à 45% en ciblant le souverain qui montera de 4 à 9%, et en sélectionnant des titres obligataires corporate de grande qualité. Nous avons également l’ambition d’augmenter la taille de la poche actionsen faisant passer les actions cotées de 7 à 8% et en créant une allocation spécifique pour les actions avec couverture. Cette stratégie prévoit aussi de renforcer de 3% à 4% le capital investissement et l’infrastructure», expose Christian Martin. La sélection d’un gérant externe est en cours pour les actions avec couvertures. Il ajoute être toujours à l’affût de fonds de dette privée avec un engagement souhaité de 10 millions d’euros sur 2022 pour maintenir son exposition entre 2 et 3% des actifs. Un investissement en unitranche a ainsi été acté au premier semestre. Le directeur financier estime que la conjoncture depuis le début de 2022 est du pain bénit pour l’assureur grâce à sa faible exposition aux actions cotées et à ses titres positionnés sur des secteurs défensifs, avec des dividendes élevés et sans sociétés technologiques. «En obligataire, nous n’aurions pas pu rêver mieux, nous avions prévu de déployer 100 millions d’euros sur 2022. Fin mai, nous en avions réalisé plus de la moitié avec un taux de rendement actuariel du double qu’espéré, tout en diminuant la duration moyenne, complète-t-il. Certes, le portefeuille obligataire présente des moins-values latentes mais la forte remontée des taux nous permet de continuer à réinvestir à des conditions plus favorables tout en renforçant nos fonds propres économiques.» En private equity, Thélem a prévu 4 millions d’euros d’engagements en 2022. Sa stratégie consiste à renforcer l’allocation en fonds de fonds, pour ne pas se tromper grâce à la diversification embarquée. A part ce type de support, sélectionné pour sa part de secondaire qui efface une grande partie de la courbe en J, l’assureur a également investi dans un fonds régional, Loire Valley Invest. Il a en outre investi en direct dans une start-up consacrée à l’hydrogène, portée par Energy Observer. C’est à l’origine le nom du premier navire hydrogène autonome et zéro émissions, devenu à la fois plaidoyer et laboratoire de la transition écologique, dont Thélem est mécène depuis longtemps. Il est donc devenu actionnaire d’une start-up qui a pour vocation de commercialiser cette technologie et a réinvesti en 2022 en obligations convertibles. Cette ligne pèse désormais 1% de ses actifs. Nouvelle politique de durabilité Thélem fait évoluer sa politique d’investisseur responsable. Il travaille à définir sa trajectoire pour se conformer à l’Accord de Paris sur le climat, et cessera tout investissement lié au charbon au 1er janvier 2023. En ce qui concerne les hydrocarbures non conventionnels, il exclura à cette date les entreprises qui réalisent grâce à eux plus de 5% de leur chiffre d’affaires, contre 30% auparavant. Il mesure son empreinte carbone, pour l’instant sur les scopes 1 et 2, et annonce qu’elle a diminué de 18% entre 2020 et 2021. En 2021, 83% de ses actifs prennent en compte des critères ESG, et 100% des sociétés de gestion avec lesquelles il travaille ont signé les Principes pour l’investissement responsable. De plus, l’assureur a à cœur de voter lors des assemblées générales des entreprises desquelles il est actionnaire: en 2021, il a voté 800 résolutions, avec 25% de vote négatif. Il est accompagné pour sa politique de vote par Proxinvest. La mesure du scope 3 est prévue cette année. «Nous devons nous doter de fournisseurs de données pour disposer dans notre gestion financière d’indicateurs extra-financiers de qualité, et un conseil nous accompagne pour en sélectionner un ou plusieurs cet été, confie Christian Martin. Le renforcement de notre politique d’Investissement Socialement Responsable, pour laquelle nous sommes engagés depuis 2018, nous oblige à accélérer notre transformation dans notre quotidien, rendant cette période particulièrement passionnante.» Une démarche importante pour espérer durer 200 années supplémentaires.

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