Les investisseurs institutionnels français reprennent un peu de risques
Les investisseurs institutionnels français ne révolutionnent pas leurs portefeuilles. Mais l’enquête annuelle Af2i-L’Agefi 2026*, dévoilée à l’occasion de la journée Institutional Day de L’Agefi ce 30 juin, confirme une inflexion : après plusieurs années dominées par la remontée des taux et la reconstitution des rendements obligataires, les grands investisseurs acceptent de reprendre un peu plus de risque. Les obligations restent l’ossature des allocations, les actions regagnent du terrain et le non coté conserve son rôle de diversification, mais dans un cadre nettement plus sélectif.
Avec 1.397 milliards d’euros d’encours, l’obligataire représente encore 63% des actifs recensés. Sa part recule toutefois de deux points sur un an et de six points sur cinq ans. La progression des actions a mécaniquement accru leur poids relatif dans les portefeuilles. « Mais les assureurs sont redevenus acheteurs nets d’actions en 2025 alors qu’ils étaient plutôt en désinvestissement depuis plusieurs années », a commenté à cette occasion Jean-François Coppenolle, responsable des investissements chez Abeille Assurance qui note aussi des flux plus importants vers le non coté.
Retour mesuré aux actions
Le poids de la poche actions (282,4 milliards d’euros, soit 12,7% des portefeuilles) reste toutefois très différencié selon les profils. Les assureurs et mutuelles n’y consacrent qu’environ 8% de leurs actifs, quand les organismes de retraite (une nouvelle catégorie de l’enquête, comptabilisé seule cette année) montent à 30,8%, certains dépassant même 40%. « On voit très bien que lorsqu’on sort des contraintes réglementaires, certains institutionnels savent très bien profiter des marchés actions », explique Eric Sidot , délégué général de l’Af2i.
L’obligataire reste la poche centrale car elle remplit une fonction centrale de sécuriser relativement les flux, adosser les passifs et limiter la volatilité comptable. La structure de cette poche reste très prudente. L’investment grade domine très largement, avec 95,7% des encours obligataires, contre seulement 2,6% pour le high yield. Les titres à taux fixe concentrent 80,2% de la poche, devant les obligations à taux variable et les obligations indexées sur l’inflation. Les souverains et assimilés restent majoritaires, à 51,1%, devant les corporate financières et non financières. Autrement dit, la hausse des rendements n’a pas conduit les investisseurs à dégrader massivement la qualité de crédit.
Obligataire : prudence et qualité
Elle leur permet plutôt de retrouver du portage sur des actifs de bonne qualité.
Côté actions, la géographie des portefeuilles actions reste fortement européenne. Les actions françaises représentent 40,9% de la poche, les autres pays de la zone euro 25,2%, tandis que les Etats-Unis pèsent 16,3%. Après plusieurs années de progression, l’exposition américaine reflue légèrement. Le mouvement reste modeste, mais il intervient dans un contexte où les débats sur la souveraineté européenne et le financement de certains secteurs reviennent au premier plan.
Le non coté, enfin, n’est plus abordé avec l’enthousiasme indifférencié des années de taux bas. Il demeure une composante structurante des portefeuilles, mais la sélection prime. Les participations atteignent 105,5 milliards d’euros, l’immobilier 125,6 milliards, les prêts et fonds de dette 61,4 milliards, les infrastructures 32,6 milliards et le capital-investissement 32,6 milliards. La dette privée illustre bien ce changement de régime : plus des trois quarts des répondants y sont exposés, mais la poche recule légèrement à 2,8% des actifs. Les prêts aux entreprises restent majoritaires, à 64% des encours, mais les défauts récents observés sur certains marchés ont ravivé l’attention portée à la qualité de souscription.
Pour 2026, les intentions d’allocation dessinent donc un équilibre plus offensif, mais sans rupture. Les perspectives apparaissent favorables aux actions, aux ETF, aux obligations convertibles et aux infrastructures. «Aucun des répondants n’anticipe toutefois une très forte inflation pour 2026», rappelle Eric Sidot. L’obligataire devrait rester stable, avec un léger biais vers les maturités longues. Le capital-investissement et l’immobilier semblent davantage en phase d’attente.
* L’enquête Af2i-L’Agefi 2026 a été réalisée auprès de 61 répondants représentant 2.218,7 milliards d’euros d’actifs hors unités de compte à fin 2025. En intégrant les contrats en unités de compte, le périmètre couvert atteint 2.613,7 milliards d’euros. Les évolutions observées reflètent donc à la fois les choix d’allocation, les effets de marché et les changements de périmètre entre répondants.
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