Le scandale Wirecard risque de coûter cher à EY
La myopie d’EY sur le dossier Wirecard risque de coûter cher au cabinet d’audit. Si c’est le big four qui a précipité la chute du groupe de paiements allemand en révélant un manque de 1,9 milliard d’euros au bilan, de nombreuses voix s’étonnent que les commissaires aux comptes n’aient pas sonné l’alarme plus tôt. EY audite les comptes de Wirecard depuis 2011 et les avait toujours validés, malgré les alertes répétées des vendeurs à découvert et les multiples articles du Financial Times ces douze derniers mois.
Vendredi, l’association d’actionnaires SDK a annoncé avoir engagé des poursuites pénales contre les deux auditeurs actuels de Wirecard, et un de leurs prédécesseurs, Andreas Loetscher, aujourd’hui directeur comptable de Deutsche Bank. «De nombreuses questions non résolues entourent Wirecard » et «nous apprécions énormément le travail d’Andreas Loetscher», a réagi la banque allemande. «Malgré les questions posées par la SDK il y a 12 ans (!) concernant les groupes de clients de Wirecard et ses pratiques comptables, le contenu des critiques n’a jamais été discuté», tonne l’association, rappelant qu’il a fallu «onze ans et un audit spécial de KPMG pour que les lacunes soient également découvertes par EY».
Une «fraude élaborée et sophistiquée»
La SDK n’est pas le seul à vouloir saisir la justice. Le cabinet d’avocats Schirp & Partner a lancé plusieurs procédures d’actions collectives pour permettre aux actionnaires, aux obligataires ou aux porteurs de produits dérivés de grouper leurs demandes de réparations du préjudice subi. Même SoftBank, ancien allié de Wirecard, aurait l’intention de poursuivre EY, selon Der Spiegel. SoftBank avait souscrit l’an dernier à une émission d’obligations convertibles de 900 millions d’euros. Akshay Naheta, managing partner de SoftBank en Allemagne, s’est dit sur Twitter «totalement déconcerté par le manque de compétence et de responsabilité dont fait preuve E&Y. En tant qu’organisation destinée à protéger toutes les parties prenantes - créanciers et actionnaires - dans les entreprises, tant publiques que privées, elle a manqué matériellement à ses obligations fiduciaires».
EY n’a pas commenté ces différentes initiatives. Dans un communiqué publié jeudi soir, la branche allemande du cabinet avait tenté de défendre son travail, estimant que Wirecard était responsable d’une «fraude élaborée et sophistiquée». Mais selon le FT, le cabinet n’aurait pas réalisé trois années de suite une opération de vérification de la trésorerie que Wirecard disait avoir à Singapour.
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