Les émetteurs high yield se mettent au vert

le 24/03/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La mode ESG débarque dans ce segment de marché. Les émissions se multiplient. Le format d'obligations avec des critères durables (SLB) pourrait s’imposer.

émissions au format ESG
Les émissions en format ESG se multiplient sur le segment du high yield.
(Gerd Altmann/Pixabay)

Près d’un cinquième du montant émis cette année sur le marché obligataire euro l’a été dans un format ESG. Les entreprises notées high yield (HY), plus risquées que celles dites investment grade, veulent désormais leur part du gâteau. Depuis le début de l’année, sur le seul marché euro, près de 2,5 milliards ont été émis par quatre sociétés (sur 32 milliards pour l’ensemble des émissions HY) : Ardagh, Public Power, Faurecia et Via Celere. Cette semaine Novelis et Hapag Lloyd devraient ajouter 800 millions d’euros au compteur.

«Une vraie vague verte déferle sur le ‘high yield’», constate Edouard Tournier, managing director syndication high yield et leveraged loans EMEA chez BNP Paribas. Il y a bien sûr eu des émissions par le passé mais elles ont été rares : Getlink et Volvo Car en 2020 et Owen Illinois en 2019 ainsi que Paprec. «Il y a toujours un temps de latence en terme de migration de nouvelles tendances et pratiques entre les marchés ‘investment grade’ et HY», poursuit ce dernier. Réaliser une émission ESG demande un travail de structuration et une sophistication (pour des questions de reporting, notamment) qui n’est pas toujours simple pour les émetteurs HY en raison notamment de leur taille mais aussi des possibilités d’investissement. «Beaucoup d'émetteurs HY sont aujourd’hui plus avancés dans leur stratégie de développement durable qu’ils ne l’étaient il y quelques mois encore», souligne Agnès Gourc, co-responsable des financements durables chez BNP Paribas.

Forte demande

Cette évolution semble surtout portée par la forte demande des investisseurs avec notamment en Europe l’entrée en vigueur le 10 mars de la directive Sustainable Finance Disclosure Regulation (SFDR) qui vise à mettre fin au greenwashing dans la profession. «Nous avons une forte demande de la part de nos clients que nous relayons aux banques en charge des émissions, souligne Thomas Samson, gérant chez Muzinich & Co. La dimension crédit reste notre premier critère d’investissement, ensuite si l’émetteur propose une obligation ESG nous regardons son impact réel et s’il est suffisamment transparent». C’est le cas de Novelis dont l’impact climatique est facilement mesurable, selon le gérant.

Le marché se développe aussi grâce à l’apparition de nouveaux formats au-delà de la seule obligation verte. «La multiplication des produits disponibles avec notamment le ‘sustainability linked bond’ (dont les critères vont au-delà des seuls objectifs environnementaux, ndlr) offre une palette plus large susceptible d’attirer de nouveaux émetteurs», note Agnès Gourc. Car s’il est aisé pour un émetteur de taille importante avec des projets bien identifiés comme Volvo Car d’émettre un green bond, pour d’autres le recours à des indicateurs de performance (KPI) sera plus judicieux. Constellium a été le premier émetteur HY européen à émettre un SLB le 9 février sur le marché dollar. Le grec Public Power a lui été le premier à émettre ce type d’instrument en euro mi-mars (format plus judicieux que le green bond en raison de ses unités de production d’électricité au charbon). La forte demande lui a permis d’augmenter la taille de son émission de 500 millions à 650 millions. Il vient d’émettre lundi 125 millions supplémentaires sur cette même souche. Hapag-Lloyd a également opté pour ce format.

Prime à quantifier

«La diversification des formats et la forte demande des investisseurs va stimuler davantage le marché», affirme Agnès Gourc. L’incitation des acteurs du private equity, qui sont souvent les actionnaires majoritaires des entreprises HY, est également un élément moteur. Pour inciter davantage d’émetteurs à franchir l’étape complexe de la structuration de l’émission, la quantification d’une prime verte (greenium) sera un véritable changement de donne. «Ce label ESG va attirer d’autres émetteurs, affirme Edouard Tournier. Cette prime existe. Elle se manifeste par la possibilité d’aller chercher de nouveaux investisseurs, d'accéder à de nouvelles poches de liquidité avec la montée en puissance des stratégies ESG.» Mais il est encore difficile de la quantifier faute d’un nombre suffisant d’obligations. Thomas Samson accepte de laisser un peu de prime mais seulement s’il y a un impact réel et si l’émetteur respecte ses engagements. Une condition nécessaire pour que le greenium perdure.

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