Deux tiers des entreprises détenues par des fonds souffrent du Covid-19
Depuis le début de la crise du Covid-19, l’ensemble du tissu économique français est sous pression. Et si la batterie de mesures prises par le gouvernement, indispensable à la survie de milliers d’entreprises, a été saluée, elle ne saurait à elle seule pallier l’intégralité du choc ébranlant les PME et ETI tricolores. Une récente enquête menée par Roland Berger auprès de quelque 70 sociétés de gestion vient d’ailleurs de révéler l’étendue des dégâts dans le private equity tricolore, et plus spécifiquement dans l’univers du LBO. Au global, deux tiers des participations des fonds témoignent subir un impact négatif lié aux conséquences du coronavirus. Dans le détail, ce sont même 26% des entreprises détenues par ces gérants qui devraient enregistrer une baisse de leur chiffre d’affaires comprise entre 20 et 50% par rapport aux budgets initiaux, et 9% à prévoir une baisse de plus de 50%. De fortes diminutions d’activités appelant à des efforts sur le cash, mais pas uniquement.
Questionnés sur les actions mises en place ou envisagées pour aider leurs participations, les gérants ont quasi tous apporté leur support dans l’obtention ou la renégociation de nouvelles lignes de crédit, ainsi que dans la création de scénarios de sortie de crise. De manière plus surprenante, 45% d’entre eux ont injecté (ou pensent le faire) du cash ou des fonds propres dans leurs participations. Une volonté témoignant d’une certaine acceptation par les gérants de voir leur taux de rentabilité interne (TRI) baisser. «En 2008-2009, un certain nombre de fonds avaient déjà remis de l’argent», rappelle Cyril Demaria, associé et responsable des marchés privés chez Wellershoff & Partners. Au cours des dernières années, le ratio dette sur equity a été plus modéré, ce qui devrait permettre aux entreprises concernées de mieux supporter les événements.»
Retour à la normale incertain
Il n’empêche que le logiciel des professionnels du private equity devrait en être durablement affecté. En matière de stratégie d’investissement, le cabinet de conseil en stratégie estime qu’un phénomène de flight to quality devrait avoir lieu. 81% des fonds interrogés ont en effet manifesté leur intention de privilégier les facteurs de résilience, au détriment du potentiel de croissance. «Ce pourcentage est massif et correspond à une prise de conscience des gérants. Avant la crise, nombre d’entre eux achetaient des sociétés à forte croissance sur la base de multiples élevés, car le pricing du risque avait disparu», note Jean-Michel Cagin, associé senior chez Roland Berger. Un changement de paradigme complet qui amènera la moitié des fonds à exclure certains secteurs d’investissement, à l’instar du tourisme – pourtant très en vogue ces dernières années.
L’étude, menée entre le 7 et le 10 avril, soit avant l’allocution présidentielle du 13 avril annonçant un déconfinement à partir du 11 mai, souligne également la grande prudence des décideurs au sein des sociétés de gestion. Les deux tiers des répondants n’anticipent pas de reprise partielle des transactions avant la rentrée 2020 et tablent sur un retour à la normale pour le quatrième trimestre pour les plus optimistes, voire après le deuxième trimestre 2021 pour les plus pessimistes. «Il n’y a pas de consensus sur le retour à la normale. Le retour de la liquidité du marché devrait se faire par vagues. Cela devrait probablement commencer par le venture, car leurs métriques de valorisation ne s’appuient pas uniquement sur l’Ebitda et que les offres sont le plus souvent full equity. Les LBO, qui devront faire face à un durcissement de la dette, devraient quant à eux repartir dans un deuxième temps», explique Jean-Michel Cagin.
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