Les ETF actifs gagnent du terrain en Europe face aux fonds passifs
Le marché européen des ETF poursuit sa mue. Longtemps dominé par les véhicules cotés gérés de manière totalement passive, la gestion active s’impose progressivement dans ce format de fonds.
Les investisseurs semblent de plus en plus rechercher des produits dont ils pensent qu’ils vont combiner les caractéristiques de la gestion active, comme la recherche d’alpha et la gestion des risques, avec la transparence et la facilité de négociation offertes par les ETF.
Ainsi, selon les données de Morningstar, cet engouement a engendré une adoption rapide des ETF gérés activement en Europe, avec une croissance annuelle moyenne de 40 % des encours sur les cinq dernières années. La base de départ est certes très faible, mais la collecte nette des ETF actifs a représenté près de 7 % du total des flux vers les ETF lors des sept premiers mois de 2025, contre environ 1 % en 2020. Sur la totalité de 2025, les investissements dans les ETF actifs ont atteint près de 24 milliards d’euros, conduisant à des encours de plus de 70 milliards d’euros à la fin de l’année, contre 55,5 milliards d’euros fin 2024.
Depuis début 2024, le marché des ETF actifs a progressé de plus de 60 % (taux de croissance annuel composé), tandis que celui des ETF passifs n’a progressé que de 18 % sur la même période, selon BNP Paribas Asset Management.
D’ailleurs, les nouveaux ETF actifs ont représenté 54 % de l’ensemble des nouveaux ETF commercialisés l’année dernière.
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En outre, les données de flux les plus récentes de MorningStar mettent en lumière une dynamique nouvelle : la montée en puissance des stratégies systématiques, qui gagnent du terrain au sein de l’univers des ETF à gestion active.
Basculement progressif vers le systématique
Jusqu’en août 2025, les ETF actions à gestion active systématique ont attiré 3,5 milliards d’euros de collecte nette, soit plus du triple des 1,1 milliard d’euros enregistrés sur l’ensemble de l’année 2024.
Les stratégies discrétionnaires conservent néanmoins leur position dominante en valeur absolue, avec 4,7 milliards d’euros d’entrées nettes sur la période.
Ce chiffre marque toutefois un net recul par rapport aux 13,5 milliards d’euros collectés l’année précédente, traduisant un certain arbitrage des investisseurs en faveur de processus plus systématisés, jugés plus robustes dans un environnement de marché incertain.
Quoniam fait son entrée sur le marché des ETF actifs
Cette évolution se traduit également par l’arrivée de nouveaux acteurs issus de la gestion quantitative.
Aujourd’hui, avec le soutien de Deloitte Legal et de Deloitte Consulting, Quoniam Asset Management, société de gestion systématique filiale du groupe Union Investment, a lancé ses premiers ETF à gestion active. Ils sont commercialisés sous la marque UniActive Q et domiciliés en Irlande.
Les produits sont notamment cotés sur Xetra, la plateforme de négociation de Deutsche Börse, et sont autorisés à la distribution dans plusieurs juridictions européennes.
L’Irlande continue de s’imposer comme le premier domicile européen des ETF, avec 72% des parts de marché selon Caceis. C’est aussi le cas sur les ETF actifs car le pays dispose de structures réglementaires favorisant l’investissement de détail dans ces produits, analyse Caceis.
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D’ailleurs, La Banque centrale d’Irlande a clarifié la possibilité, au sein d’un même UCITS, de proposer à la fois des parts cotées (ETF) et des parts non cotées, tout en conservant un portefeuille strictement identique pour tous les investisseurs.
L’évolution concerne les classes de parts, et non les actifs détenus par le fonds : ce ne sont pas les titres du portefeuille qui peuvent être cotés ou non, mais les parts de la SICAV.
Cette clarification vise avant tout à corriger un désavantage compétitif vis-à-vis du Luxembourg, jugé plus flexible sur ces structures hybrides, et à favoriser le développement des ETF actifs sans remettre en cause le cadre réglementaire UCITS.
Une concurrence accrue entre grands acteurs de la gestion
Au niveau des fournisseurs, le marché des ETF actifs s’avère fortement concentré. JPMorgan Asset Management domine largement avec 56% de part de marché, notamment grâce à sa gamme d’ETF à indexation améliorée (Research Enhanced Index).
Fidelity arrive en deuxième position avec 11,1 % de part de marché, tandis que Pimco détient environ 7 %, principalement via des stratégies obligataires à très courte duration.
Ces deux dernières années ont également vu l’entrée de nouveaux acteurs tels qu’Avantis, HSBC, Robeco ou Goldman Sachs.
Cette intensification se reflète dans le rythme des lancements : 60 nouveaux ETF actifs ont été lancés en 2024, suivis de 81 nouveaux produits entre janvier et août 2025, contre une moyenne d’environ 10 lancements annuels au cours des huit années précédentes.
Dans le même temps, le rythme des fermetures reste faible et la durée de vie moyenne des fonds liquidés est de quatre ans.
Pression sur les frais
Qui dit ouverture d’un marché à de nouveaux acteurs, dit pression sur les prix. Les frais moyens des ETF actions actifs sont passés de 0,43% début 2022 à 0,37% en 2025, bien en-dessous des 1,32% en moyenne pour les fonds actions actifs traditionnels, mais encore supérieurs aux 0,27 % des ETF passifs comparables.
Sur le segment obligataire, les frais moyens des ETF actifs sont désormais inférieurs à 0,30 %.
Vers une redéfinition de la gestion active en Europe
La progression des ETF actifs, et en particulier des stratégies systématiques, illustre une transformation plus profonde de l’industrie européenne de la gestion d’actifs.
Si l’adoption reste plus graduelle qu’aux États-Unis, la dynamique actuelle suggère que les ETF actifs ne constituent plus une simple extension marginale du marché passif, mais bien un nouveau canal de distribution de la gestion active. Il pourrait redéfinir durablement l’équilibre entre gestion discrétionnaire, systématique et indicielle en Europe.
L’intégration récente de parts cotées dans des structures non-ETF et la transformation de fonds non-ETF en ETF Ucits constituent aussi de nouveaux points d’entrée sur le marché des ETF pour les sociétés de gestion souhaitant proposer une enveloppe Ucits adaptée aux investisseurs particuliers.
Enfin, au niveau réglementaire, tout est fait aussi pour faciliter la mise en place de ce marché. La Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF), le régulateur financier luxembourgeois, a par exemple annoncé son intention d’assouplir les exigences de transparence des portefeuilles pour les ETF actifs. Cela pourrait permettre au Luxembourg de renforcer sa compétitivité face à l’Irlande en tant que place de domiciliation des ETF.
Facilités réglementaires
De plus, la Commission européenne prévoit la création d’un flux de données unique et centralisé, appelé « consolidated tape » (ou base de données consolidée), regroupant les prix et les volumes de négociation des plateformes d’exécution à travers toute l’Union.
Selon la Commission, ce système consolidé permettra aux investisseurs de prendre des décisions plus avisées, renforcera la concurrence entre les plateformes et contribuera à l’intégration des marchés financiers de l’UE.
Les entreprises de marché prennent également des mesures en faveur des ETF. Par exemple, Euronext a annoncé son intention de consolider le règlement des transactions sur actions réalisées sur ses différentes Bourses dans six centres financiers européens.
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