HANetf et Sprott lancent un ETF sur les terres rares

Le Sprott Rare Earths Ex-China UCITS ETF (REXC) cible les sociétés minières et industrielles impliquées dans les terres rares hors de Chine. Le lancement parie sur la structuration d’une filière occidentale, soutenue par les planchers de prix et les alliances sur les matériaux critiques.
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  • HANetf et Sprott lancent un ETF ciblant les entreprises de terres rares situées exclusivement hors de Chine.
  • Ce fonds indiciel coté, domicilié à Dublin et libellé en dollars, affiche des frais courants de 0,65 %.
  • Le projet parie sur l’essor d’une filière occidentale face à une Chine qui raffinait 91 % de ces métaux en 2024.

L'émetteur d’ETF HANetf et Sprott Asset Management, spécialiste torontois des métaux précieux et des actifs réels, ont lancé un fonds indiciel UCITS consacré aux terres rares, qui exclut toute exposition à la Chine.

Le Sprott Rare Earths Ex-China UCITS ETF (REXC) investit dans des sociétés situées hors de Chine et actives dans l’extraction, la séparation, le raffinage et la production de terres rares.

Le fonds réplique physiquement l’indice Nasdaq Sprott Rare Earths Ex-China Capped Index (NSREXCU). Celui-ci retient les entreprises dont la majorité des revenus ou des actifs provient de la filière.

Domicilié à Dublin et libellé en dollars, l’ETF capitalise ses revenus et affiche des frais courants de 0,65 %. Il est coté à Londres, sur Xetra et à la Borsa Italiana.

Une dépendance quasi totale à Pékin

Les terres rares regroupent 17 éléments métalliques aux propriétés magnétiques, catalytiques et phosphorescentes difficiles à remplacer. Leur principal débouché est la fabrication d’aimants permanents, indispensables aux moteurs de véhicules électriques, aux éoliennes à entraînement direct et aux systèmes d’armement.

La chaîne de valeur est dominée par la Chine. Selon l’Agence internationale de l'énergie (AIE), le pays représentait en 2024, 91 % de la production mondiale de terres rares raffinées pour aimants et environ 94 % de la production d’aimants permanents frittés. Il y a vingt ans, sa part dans les aimants n'était que d’environ 50 %.

Le goulet d'étranglement se situe moins dans la mine que dans la transformation. La Chine assure 69 % de l’extraction mondiale, mais 91 % du raffinage, selon l’USGS.

Les Etats-Unis, qui dominaient le marché jusqu’aux années 1990 grâce à la mine californienne de Mountain Pass, dépendent aujourd’hui des importations pour 67 % de leur consommation, dont 71 % proviennent de Chine.

Les contrôles à l’exportation comme levier commercial

Pékin a transformé cette position en outil de négociation. Après avoir interdit en 2023 l’exportation de ses technologies d’extraction et de séparation, la Chine a imposé en avril 2025 des licences d’exportation au cas par cas sur sept terres rares et les aimants qui en contiennent.

Elle a aussi visé des industriels américains de la défense comme Boeing Defense et Lockheed Martin.

Un nouveau durcissement, annoncé en octobre 2025, étendait les contrôles aux aimants produits à l'étranger à partir de matière ou de savoir-faire chinois, dès 0,1 % de contenu. Son application a été reportée d’un an.

Début 2026, les contrôles ont été renforcés à l'égard du Japon.

Le précédent de 2010 reste dans les mémoires. L’arrêt des livraisons chinoises vers le Japon avait provoqué une multiplication par 26 des prix entre janvier 2009 et août 2011.

La filière occidentale s’organise

Les terres rares figurent désormais sur les listes de minerais critiques de la plupart des grandes économies, et les pouvoirs publics multiplient les instruments de soutien.

En juillet 2025, l’américain MP Materials a obtenu du département de la Guerre un plancher de prix de 110 dollars le kilo d’oxyde de néodyme-praséodyme (NdPr) sur dix ans, bien au-dessus du marché de l'époque. *

L’australien Lynas a obtenu le même plancher en mars 2026 auprès de Japan Australia Rare Earths, pour des livraisons au Japon jusqu’en 2038.

Washington a aussi signé en octobre 2025 des accords-cadres avec l’Australie et le Japon. Ils prévoient des financements, une accélération des permis et, dans le cas japonais, des stocks stratégiques.

Le G7 et l’Union européenne étudient des mécanismes comparables.

Une demande structurelle

L’AIE anticipe que la demande d’aimants aux terres rares fera plus que doubler d’ici à 2050.

Selon les données compilées par l'émetteur à partir de la Banque mondiale, du Sipri, et BloombergNEF, les dépenses cumulées dans la défense, la transition énergétique et l’intelligence artificielle ont progressé de 78 % depuis 2020.

La défense a augmenté de 36 %, la transition énergétique de 137 % et les investissements des grands acteurs de l’IA de 324 %.

Ces trois moteurs ne pèsent pas du même poids en volume, mais ils ont un point commun : les terres rares ne représentent qu’une fraction infime du coût du produit final. Leurs acheteurs sont donc peu sensibles au prix et très sensibles à la sécurité d’approvisionnement.

Par exemple, dans la défense, les membres de l’Otan se sont engagés à porter leurs dépenses de défense à 5 % du PIB d’ici à 2035, dont au moins 3,5 % pour la défense au sens strict et jusqu'à 1,5 % pour les investissements connexes (infrastructures, base industrielle).

Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont en outre montré le poids des drones, gros consommateurs de moteurs à aimants. D’où la volonté de Washington de bâtir une chaîne « de la mine à l’aimant » entièrement américaine.

L’essor de l’IA ajoute une source de demande inattendue. Selon Bloomberg, l’investissement annuel dans les centres de données est passé d’environ 100 milliards de dollars en 2015 à 500 milliards en 2024.

Les cinq premiers hyperscalers ont dépassé 400 milliards de dollars de dépenses d’investissement en 2025, en hausse de 72 %, et leurs prévisions pour 2026 dépassent 750 milliards.

Les terres rares y interviennent à plusieurs niveaux. On les trouve dans les aimants des moteurs de ventilation et de refroidissement, dans les disques durs de stockage, dans certains procédés de fabrication de semi-conducteurs et dans les fibres optiques spéciales qui amplifient les signaux des réseaux à haut débit.

L’AIE estime que les centres de données pourraient absorber 3 % des terres rares pour aimants d’ici à 2030. La part est modeste, mais elle provient d’acheteurs parmi les moins sensibles au prix du marché.

C’est l'électrification qui porte l’essentiel de la demande. Chaque véhicule électrique embarque un moteur à aimants permanents. Les éoliennes à entraînement direct, sans boîte de vitesses, réduisent les pertes mécaniques et les pannes, un atout décisif en mer où les interventions sont coûteuses.

L’AIE prévoit qu’entre 2024 et 2050, la demande issue des énergies propres progressera de 320 % pour le néodyme, 318 % pour le praséodyme, 353 % pour le dysprosium et 332 % pour le terbium. La demande totale de terres rares pour aimants ferait plus que doubler, et la part des technologies propres passerait de 21 % à 40 %.

Depuis la crise énergétique de 2022, la sécurité énergétique est devenue la priorité des Etats, et l'électrification apparaît comme le principal moyen de réduire leur dépendance aux hydrocarbures importés.

La Chine l’a compris la première. Sa part dans la production mondiale d'électricité décarbonée est passée de 4 % en 2000 à 33 % en 2025, selon Ember.

Pour les pays occidentaux, électrifier sans sécuriser les terres rares reviendrait à troquer une dépendance au pétrole contre une dépendance aux aimants chinois.

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