Sodexo veut couper les ponts avec ses crèches
Sodexo jette l’éponge. Le groupe de services collectifs a décidé de se séparer de ses 320 crèches évoluant sous la marque Liveli. Un processus de cession a été confié à la banque d’affaires Lazard, a appris L’Agefi. Depuis 2013, Sodexo propose des services d’accueil et d’accompagnement de l’enfant sous l’enseigne Crèche Attitude. A la suite de l’acquisition de Crèches de France en 2018, le groupe a mis sur pied l’un des plus importants réseaux du marché tricolore, qu’il a décidé de rebaptiser Liveli en février.
Contacté par nos soins, Sodexo précise ne pas commenter les rumeurs du marché. « Il est certain que le marché des crèches en France est très compétitif et dynamique. Compte tenu de ces réalités et de notre expertise dans le secteur, nous explorons différentes options stratégiques », concède toutefois le groupe dirigé par Denis Machuel, engagé dans un programme de restructuration.
Echec de la stratégie
Des mots qui cachent une réalité plus crue. « Ce réseau de crèches est dans un mauvais état. Sodexo n’est jamais parvenu à en faire une activité florissante », juge un proche du dossier. Selon nos informations, le périmètre affiche un chiffre d’affaires de 170 millions d’euros pour un Ebitda ajusté de seulement 14 millions d’euros. Conséquence : seul des acquéreurs stratégiques se sont positionnés dans l’enchère. Les noms de Babilou, Grandir, La Maison Bleue et People & Baby sont cités, au même titre que le géant américain du secteur, Bright Horizons.
« Dans ce métier, les marges sont faibles et il très facile de passer en négatif, si vous n’avez pas une gestion rigoureuse et des loyers modérés », souligne un fin connaisseur du secteur, qui estime que le risque de casse social n’est pas négligeable chez Liveli. Ainsi, près d’un tiers du parc de crèches du groupe serait structurellement déficitaire et pourrait être amené à être restructuré.
Grandir et La Maison Bleue en vente
Cette cession d’activité de Sodexo intervient à un moment où les plus grands réseaux de crèches privées de France sont en train de changer de mains. Le numéro un du secteur Babilou a donné le tempo l’été dernier, en étant racheté par Antin Infrastucture Partners pour un peu moins de 1,5 milliard d’euros. Une cession des frères Carle signée autour d’un multiple de 15 fois l’Ebitda, qui a donné des idées à ses principaux concurrents, à commencer par Grandir.
Ce réseau, plus connu sous le nom des Petits Chaperons Rouges, est accompagné depuis 2016 par Eurazeo et Bpifrance, et travaille actuellement à la remise à plat de son capital, a appris L’Agefi. Là encore, Lazard est à la manœuvre du processus de cession. Mais contrairement à Liveli, les fonds de LBO sont de la partie. Infravia, Naxicap Partners et Ardian – pressenti comme le favori de l’enchère – seraient dans les starting-blocks. Wendel aurait aussi fait part de son intérêt, même si des sources indiquent que la société d’investissement pilotée par André François-Poncet ne serait plus en lice. Grandir totaliserait un Ebitda de près de 55 millions d’euros, grâce à un réseau de 600 crèches et écoles maternelles situées en France, en Allemagne, en Angleterre, au Canada et au Etats-Unis. Son dirigeant-fondateur, Jean-Emmanuel Rodocanachi, prévoirait de conserver près de 40 % du capital à l’issue de ce futur LBO.
Enfin, La Maison Bleue – qui affiche un réseau de 300 crèches, comme Liveli – a confié un mandat à Rothschild & Co pour aboutir à une réorganisation de son actionnariat d’ici la fin de l’année. Créé en 2004 par Sylvain Forestier (ex-président de Croissance Plus), cet acteur historique de la petite enfance dans l’Hexagone est actuellement soutenu par Towerbrook (20 %) et Bpifrance (20 %). Il affiche une solidité financière comparable à celle de Babilou et de Grandir, avec près de 40 millions d’euros d’Ebitda prévu cette année, et même 50 millions d’ici 2022. Mais contrairement aux autres, le troisième opérateur de crèches privées du pays n’est que faiblement endetté. Il s’était refinancé il y a deux ans avec une dette unitranche de 150 millions d’euros apportée par Capza, BNP Agility Capital et Axa Investment Managers. Sa croissance externe à l’étranger a été plus lente que ses deux concurrents. Un constat qui pourrait être amené à changer dès qu’un fonds majoritaire aura pris le contrôle de La Maison Bleue.
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