La Bourse ne déroule pas le tapis rouge à l’OPA sur Tarkett

le 31/05/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'action évolue au-dessus du prix proposé par la famille Deconinck et Wendel, jugé insuffisant par le deuxième actionnaire, le fonds Tweedy Browne.

Selon le deuxième actionnaire de Tarkett, le «prix de 20 euros par action est très inférieur à la valeur intrinsèque» du groupe.
Selon le deuxième actionnaire de Tarkett, le «prix de 20 euros par action est très inférieur à la valeur intrinsèque» du groupe.
(Laurent Grassin [CC BY 2.0])

Le marché n’est pas totalement convaincu par l’offre publique d’achat (OPA) de la famille Deconinck et de Wendel sur Tarkett. Depuis l’annonce du projet, le 23 avril, le cours de l’action du fabricant de revêtement de sols s’est installé au-dessus du prix de l’offre à 20 euros. En fin de semaine dernière, le titre a fini à 20,20 euros. Deux fonds, l’Américain Berry Street et Maven Investment Partners, originaire du Moyen-Orient, se sont récemment renforcés au capital en achetant des instruments dérivés (equity swaps) au-dessus du prix de 20 euros.

La principale critique est venue de la société de gestion américaine Tweedy Browne Company. Le deuxième actionnaire de Tarkett a exprimé son mécontentement dans un courrier adressé aux administrateurs indépendants chargés de suivre le projet d’offre. Dans ce courrier vu par L’Agefi, le deuxième actionnaire de Tarkett, entré au capital en 2018, estime que le «prix de 20 euros par action est très inférieur à la valeur intrinsèque » du groupe. Selon Tweedy Browne, Tarkett vaut au moins 27,65 euros par action, voire plus si le groupe était vendu en totalité à un acheteur industriel.

Un porte-parole de Tarkett indique que la note en réponse au projet d’OPA, qui contient notamment l’avis de l’expert indépendant Finexsi mandaté pour se prononcer sur l’offre, a répondu à tous les points soulevés par Tweedy Browne.

Liquidité insuffisante

Le premier grief de l’investisseur américain porte sur la liquidité des titres Tarkett : sa faiblesse ne permet pas, selon Tweedy Browne, d’apprécier pertinemment le prix de l’offre par rapport aux moyennes du cours de Bourse. Le prix de l’offre fait ressortir une prime de 38,1% et 44,4% par rapport au cours de clôture moyen pondéré par les volumes quotidiens respectivement des 20 et 60 derniers jours de Bourse précédant l’annonce de l’OPA. Dans son rapport, l’expert indépendant juge au contraire qu’avec des taux de 34% et 69,2% sur un an «la liquidité et la rotation du capital flottant s’établissent à des niveaux suffisants pour retenir le cours de Bourse comme une référence de valorisation pertinente».

L’autre point soulevé par Tweedy Browne porte sur le calcul du résultat d’exploitation (Ebit) normatif de Tarkett dont dépend la valorisation cible. L’investisseur américain aboutit à une valeur des fonds propres de 1,8 milliard d’euros, d’où les 27,65 euros par action. «Tweedy Browne omet un certain nombre d’ajustements (la saisonnalité du BFR, l’affacturage, etc.), ce qui a pour effet de surévaluer la valeur obtenue», répond Finexsi. Selon les propres calculs de l’expert indépendant, la valeur par action de Tarkett s’établirait à 16,94 euros, «proche de la valeur centrale issue de l’actualisation des 'cash-flows' (16,22 euros par action) et significativement inférieure au prix d’offre».

Tweedy Browne, qui avait détenu jusqu’à près de 8% du capital de Tarkett, a vendu des actions fin mars, soit un mois avant que ne soit annoncé le projet d’OPA, pour revenir à 4,82% du capital. Tarkett cotait alors autour de 13 euros. «Comment justifier le fait d’avoir vendu des titres à 13 euros puis dire quelques semaines plus tard que le prix de l’OPA à 20 euros ne reflète pas la valeur de la société ?», s’étonne une source.

Interrogé par L’Agefi, Tweedy Browne a indiqué avoir vendu des titres pour des raisons fiscales et de fermeture de comptes.

La famille Deconinck, via la société Tarkett Participation, détient actuellement un peu plus de 50% du capital du groupe et veut sortir la société de la cote, avec l'appui de Wendel, un peu moins de huit ans après sa mise en Bourse.

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