En difficulté, Office Depot France sera prochainement cédé
Office Depot France sort considérablement affaibli de la crise du coronavirus. Le dossier est épineux et figure en bonne place sur le bureau du Comité interministériel de restructuration industrielle, a appris L’Agefi. Pour sortir de l’impasse, la filiale française d’Office Depot Europe – racheté pour un euro symbolique en 2017 par le sulfureux fonds de retournement allemand Aurelius – s’est mise à la recherche d’un repreneur. La banque d’affaires Lazard aurait été mandatée, tandis que le mandataire ad hoc Eric Bauland aurait été nommé pour superviser la procédure. Une demi-douzaine de repreneurs potentiels seraient dans les rangs pour remettre une offre d’ici mi-septembre. «Le périmètre français d’Office Depot perd une vingtaine de millions d’euros par an depuis plusieurs années et la situation ne s’est pas arrangée avec la pandémie, qui a contribué à la constitution d’un passif fiscal et social, constate un proche du dossier. L’origine de ces pertes récurrentes questionne. Ne seraient-elles pas davantage le fruit des flux avec sa maison mère ?» Une question à laquelle les candidats à la reprise vont devoir répondre.
Réduction de périmètre
Guillaume de Feydeau, aux commandes d’Office Depot France et de ses 1.700 collaborateurs depuis l’année dernière, figure parmi les aspirants. Cet ex-dirigeant de la société d’investissement Dzeta Conseil s’est taillé une solide réputation dans l’univers du restructuring, avec à son palmarès les redressements de la coopérative d’achat public Ugap, du chausseur JB Martin et de la compagnie de ferry SNCM. A son arrivée, il avait misé sur les services et la simplification des gammes et de l’organisation pour revenir à l’équilibre en 2020. Mais la pandémie aurait repoussé cet objectif d’un an.
Aurelius n’a cependant pas dit son dernier mot et échafauderait un scénario pour conserver une participation dans l’activité française d’Office Depot pendant encore deux ans. Un maintien au capital qui n’est pas sans provoquer certaines réticences. L’an dernier, les représentants du personnel ont déposé plainte contre le fonds allemand pour abus de biens sociaux. «Aurelius a fait disparaitre du capital et remonter vers le fonds vautour, par différentes techniques juridico-financières, au minimum 98 millions d’euros de la filiale opérationnelle française», accusaient les syndicats Unsa et CFE-CGC de l’entreprise. En interne, l’inquiétude est encore vive. Le passif judiciaire du fonds est montré du doigt. En 2012, le Tribunal de commerce d’Orléans l’avait condamné à payer verser 2,5 millions d’euros d’indemnisation à 500 ex-salariés du vépéciste La Source (ex-Quelle), qui avait déposé le bilan trois ans plus tôt. La juridiction avait alors estimé qu’Aurelius avait «commis de multiples fautes au détriment de la société Quelle et de ses deux filiales».
Demande de PGE
Pour remettre à flot le spécialiste des fournitures de bureau qui a généré l’an dernier 350 millions d’euros de chiffre d’affaires, un prêt garanti par l’Etat a été demandé par la direction. D’une taille inférieure aux 80 millions que pourrait théoriquement demander le groupe, ce financement ne serait cependant pas accordé avant la recomposition du capital. Et certains candidats n’y seraient tout simplement pas éligibles. «En coulisse, Bercy a qualifié Aurelius de fonds voyou. Le gouvernement n’est pas prêt à lui consentir la garantie de l’Etat sur un prêt», croit savoir une source. Un problème de taille pour les banques, qui devraient alors accepter de porter la totalité du risque pour une entreprise en situation délicate.
En France, Office Depot témoigne de difficultés chroniques dans son activité à destination des entreprises. Faisant primer les volumes (50% du chiffre d’affaires), cette dernière contribuerait à creuser les déficits du groupe. Selon nos informations, les projets de reprise excluraient ce périmètre pour se concentrer sur les 60 magasins et les ventes en ligne. L’avenir des 400 salariés de l’activité pro pourrait donc être compromis. Office Depot France évolue dans un marché particulièrement concurrentiel où officient notamment Top Office, Bureau Vallée, Lyreco et Bruneau – lequel s’est appuyé sur son actionnaire Equistone Partners Europe pour racheter Viking Espagne à Office Depot Europe, en juillet. Amazon a aussi fait son apparition sur le marché et intensifie sa présence, année après année.
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