L’Institut Messine propose que les entreprises participent à la conception des normes fiscales
Créé l’an dernier avec le soutien de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes, l’Institut Messine vient de dévoiler son premier rapport: «Fiscalité et politiques publiques: peut-on vraiment orienter le comportement des entreprises par l’impôt?».
Ce premier groupe de travail, présidé par Gauthier Blanluet, avocat associé chez Sullivan & Cromwell, met en lumière les limites du système fiscal français actuel, devenu un instrument d’orientation du comportement des entreprises. D’une part, la fiscalité incitative s’avère coûteuse (82 milliards de dépenses fiscales pour 2015) et peu efficace, par manque de cohérence et de stabilité, à commencer par la «petite rétroactivité» de la loi fiscale. D’autre part, la fiscalité punitive détériore fortement la confiance des entreprises dans l’environnement fiscal, et les relations entre l’administration et les contribuables. Sans compter la fiscalité personnelle, qui pèse aussi sur la vie des entreprises, nuisant au recrutement de dirigeants ou de chercheurs.
«Ce rapport ne m’a pas étonné», confie Valérie Rabault, députée PS, rapporteur général du budget, rappelant qu’elle bataille déjà pour savoir qui paye et à qui rapporte chaque nouvelle mesure fiscale. 44 impôts nouveaux ont été créés entre 2010 et 2014, rappelle Gauthier Blanluet. De fait «Bercy veut le monopole sur les questions fiscales», constate Olivier Carré, député UMP, membre de la commission des finances.
Les 11 propositions du rapport visent à instaurer une fiscalité plus simple, plus stable, plus neutre. En commençant par mieux évaluer les dispositifs fiscaux par des études d’impact systématiques a priori et a posteriori, et par supprimer les dispositifs inefficaces. Le rapport suggère aussi de diminuer la fiscalité incitative en affectant son coût à une baisse du taux nominal d’impôt sur les sociétés, jugé trop élevé et nuisant à l’attractivité de la France. Valérie Rabault invite d’abord à réfléchir sur l’assiette de l’impôt au niveau européen, tandis qu’Olivier Carré s’interroge sur la pertinence de l’IS et de la TVA. Plus largement, le think tank recommande de faire des entreprises un partenaire de la conception des normes fiscales.
Dans quelques semaines, le think tank économique dévoilera les conclusions de son deuxième rapport «Trop d’informations financières tuent-elles l’information financière», dirigé par Hervé Philippe, directeur financier de Vivendi.
Plus d'articles du même thème
-
La tentative de régulation mondiale de l'IA souffre de grands absents
Les dirigeants de 22 pays ont signé une déclaration commune en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, dans laquelle ils préconisent l'adoption de mesures de sécurité contraignantes face à la course effrénée de l'IA. Les Etats-Unis, la Chine et la France font figure de grands absents. Plusieurs incidents ont pourtant révélé les failles de sécurité d’un secteur où la montée en puissance des modèles s’accélère. -
Les banques gèrent tranquillement leurs anciennes dettes subordonnées
L’Autorité bancaire européenne (EBA) a considéré fin février qu’elle avait mené à bien sa mission d’accompagnement et de suivi de l’extinction des dettes subordonnées historiques («legacy»), émises avant 2013 et Bâle 3. De quoi permettre aux établissements de crédit de conserver quelque peu les rares titres aux coupons encore avantageux pour eux. -
L’Argentine paye la facture cachée de la lutte contre l’hyperinflation
La thérapie de choc menée par Javier Milei face aux déséquilibres qui s’étaient accumulés dans l’économie est saluée pour ses résultats. Mais cet ajustement peine à se transmettre à l’économie réelle à cause d’un endettement élevé des ménages. La méthode plus mesurée engagée par la Turquie a été moins défavorable.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF a d’ores et déjà collecté plus qu’en 2025
- La Société Générale aura du mal à contenter tout le monde avec son nouveau plan
- Le plan stratégique de la Société Générale fait la part belle à la réduction des coûts et à la croissance
- La coûteuse ardoise de la frilosité des épargnants français
- Les banques ne seront pas désintermédiées, elles seront tokenisées
- La Fed sort de l'ambiguïté en remontant ses taux
Contenu de nos partenaires
-
Sous-titresDonald Trump et l'ONU : la stratégie de l'amour-haine
Malgré sa rhétorique anti-multilatéraliste et ses coupes budgétaires, le président n'a pas encore tiré un trait sur les Nations unies -
Gestion de criseCarburants : le goutte-à-goutte de Lecornu
Le Premier ministre s'en tient à la stratégie éprouvée depuis mars malgré la pression. Mais l'argument de la dette qui empêche un geste plus large tiendra-t-il longtemps ? La décision de l'Allemagne de baisser ses taxes isole la France -
La Fabrique de l'OpinionLéon XIV en France : « Le plus important n’est pas que le pape soit admiré, mais qu’il soit écouté »
Le voyage du pape en France, qui s'annonce hors normes en termes d'affluence, intervient en pleine campagne présidentielle, et peu après la légalisation de l'aide à mourir, à laquelle l'Eglise est profondément opposée. Mgr Matthieu Rougé décrypte les enjeux et les attentes qui entourent cette visite.