Le marché des bilans carbone d’entreprises décolle
Pour mesurer leur empreinte carbone, les entreprises ont le choix parmi les sociétés technologiques : Greenly, Carbo, Ekimétrics, Tennaxia, Carbopath, I Care, Global Climate Initiatives, Green score capital… Les jeunes pousses se multiplient depuis deux ou trois ans aux côtés d’entreprises traditionnelles que sont les cabinets de conseil.
Il est vrai que le marché des bilans carbone et gaz à effet de serre (GES) se déploie rapidement. L’obligation d’un tel diagnostic est apparue avec la loi Grenelle 2 pour les entreprises de plus de 500 salariés mais la pratique s’étend. La directive européenne «Corporate Sustainability Disclosure» va l’imposer l’an prochain aux entreprises de plus de 250 salariés et les acteurs tablent sur une règle qui, à l’avenir, viendra s’appliquer à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. D’où le besoin de solutions simplifiées, souvent utilisables en ligne et à prix modéré.
Au-delà de la nécessité, les entreprises sont demandeuses d’informations sur leur empreinte carbone et sa réduction. La crise actuelle, chose nouvelle, ne les amène pas à écarter le sujet de leurs priorités. «L’année 2022 a fait réfléchir beaucoup de dirigeants sur le risque de transition et la dépendance énergétique», indique Catherine Gicquel Le Gall, responsable du pôle crédit et secrétariat général chez Arkea Banque Entreprises et Institutionnels.
Scope 3
De plus en plus, les sociétés expertes en bilans carbone sont à présent capables d’approfondir l’exercice et d’y inclure le «scope 3», c’est-à-dire les émissions relevant de la chaîne d’approvisionnement et de la vente des produits.
Le calcul des émissions peut être plus ou moins fin selon les besoins : soit il s’agit d’une estimation à partir d’un ratio économique, avec calcul d’un facteur d’émission standard pour un euro de la matière première, soit il repose sur des données physiques. Certaines start-up étendent les solutions au calcul de l’empreinte de l’entreprise sur l’eau, la biodiversité, Tennaxia proposant une solution qui gère les problématiques de déchets, de l’eau, dans le social et la santé… En outre, les solutions calculent les «trajectoires», permettant aux entreprises de se fixer des objectifs d’amélioration et de mesurer le chemin parcouru. «Demain, nous allons faciliter l’intégration de ces informations dans les systèmes existants des entreprises, comptables ou de gestion», annonce Emmanuel Watrinet, dirigeant fondateur de Carbo.
Du côté d’Ekimetrics, c’est sur le recours à l’IA que table ce spécialiste de la science des données appliquée aux métiers pour simplifier la maîtrise par les entreprises de leur chaîne de fournisseurs. «Nos algorithmes très poussés vérifient la fiabilité des données ESG présentées par les fournisseurs, donc le Scope 3, principale difficulté des entreprises, explique Laurent Félix, directeur général chez Ekimetrics. Avec un code sectoriel et le nombre de salariés d’une entreprise, notre solution estime le bilan carbone d’une entreprise avec une précision de plus de 80%, tout en mesurant l’incertitude associée.»
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Prêts indexés
Le développement de ces climate tech passe notamment par les banques qui leur ouvrent les portes de nouveaux clients, ayant elles-mêmes davantage recours aux bilans carbone des entreprises pour mesurer l’empreinte de leur portefeuille et pour avoir des données en vue de se conformer cette année aux lignes directrices de l’EBA (Autorité bancaire européenne) relatives à l’impact du changement climatique sur les risques. Elles doivent aussi capter plus d’informations pour distribuer des prêts indexés sur la performance climatique qui vont bientôt devenir la norme.
«Cette année, grâce au questionnaire et à la plateforme réalisés avec la société Tennaxia, nous collectons beaucoup d’informations qui permettent à nos clients d’une taille de plus de 10 millions de chiffre d’affaires de se comparer à leurs pairs d’un même secteur. Nous proposons, via nos partenaires, des bilans carbone et ESG aux entreprises qui entreprennent des actions mais sans toujours mesurer les résultats», rapporte Catherine Gicquel Le Gall, Arkéa Banque approfondissant ainsi une démarche entamée dès 2018 avec des questionnaires aux entreprises pour évaluer leur maturité ESG.
Associée à plusieurs jeunes pousses sur le sujet, Bpifrance veut faciliter le travail des entreprises devant fournir un bilan carbone pour se financer. «L’indice de maturité climat de Bpifrance vient d’être lancé, il est essentiellement tourné vers les émissions carbone à ce stade, indique Laurent Félix, Ekimetrics étant partenaire de la banque publique sur le sujet. Il propose une note climat dont les entreprises peuvent se prévaloir pour se financer.»
Pédagogie
Les greentechs trouvent elles-mêmes chez les banques de quoi amplifier leur présence auprès des entreprises. «Dans le cadre d’un partenariat avec LCL, nous entrons en contact avec bon nombre d’ETI qui découvrent la nécessité d’avoir une démarche RSE», témoigne Bernard Fort, dirigeant fondateur de Tennaxia qui s’est lancé pour commencer dans les bilans d’émissions proposés aux grandes entreprises. La greentech sert aussi les fonds d’investissement, avec quelque 4.000 participations dont elle évalue les bilans ESG.
De même, Carbo développe depuis un an des partenariats avec des banques telles que La Banque Postale, le Crédit du Nord, la Société Générale et assure le référencement de ses experts carbone auprès du portefeuille de clients de Bpifrance, notamment le secteur industriel. «La mise en place de partenariats bancaires avec un fort ancrage local permet de mieux sensibiliser le secteur industriel - parfois moins formé sur ces questions, et ainsi d'élargir le travail de pédagogie, indispensable pour passer à l’action», souligne Emmanuel Watrinet, chez Carbo.
L’ébullition du marché des greentechs commence à susciter des mouvements stratégiques. Tennaxia vient ainsi de faire entrer le fonds Marlin Equity Partners comme actionnaire majoritaire à son capital pour l’accompagner dans ses développements à l’international. Bpifrance a accru en parallèle sa participation, à côté d’Omnes, présent depuis 2020. «Le marché du bilan RSE grandit et attire beaucoup d’acteurs, nous voulons jouer un rôle consolidant dans les mouvements qui vont émerger, avec des opérations de croissance externe en Europe, le continent étant en pointe dans le monde pour la RSE», explique Bernard Fort chez Tennaxia.
La consolidation sera peut-être un début de réponse aux entreprises qui voudraient être sûres de la fiabilité des offres de bilan qui leur sont présentées.
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