Nicolas Dufourcq clarifie ses missions à la tête de Bpifrance
Invité à défendre son bilan devant les parlementaires hier matin, Nicolas Dufourcq a dévoilé un bénéfice net de 1,1 milliard d’euros pour Bpifrance en 2017, en forte hausse grâce à de nouvelles plus-values de cessions. Le directeur général de la banque publique en a aussi profité pour esquisser les priorités de son nouveau mandat. Le crédit export, le financement de la transition énergétique et l’accompagnement des territoires et TPE sont les trois axes forts qu’il a défendus avant le vote des Commissions des finances du Sénat et de l’Assemblée nationale, favorables à sa reconduction pour cinq ans.
Pour sortir de la vision réductrice de parrain de la French Tech, Nicolas Dufourcq veut densifier la présence de Bpifrance dans les régions, en augmentant le nombre d’agences. «On en a 50, mais on n’en aura jamais 100», prévient-il, tout comme son «réseau de 1.000 personnes» n’égalera jamais celui des banques commerciales. «Nous avons un dialogue avec l’Etat [actionnaire à 50% de Bpifrance, ndlr] sur comment on augmente notre influence et notre présence dans les quartiers», pointe Nicolas Dufourcq qui souhaite par exemple un accélérateur d’entreprises par région.
Discussions avec la CDC
De même, «nous avons des discussions avec notre actionnaire la CDC [Caisse des dépôts, à 50%, ndlr] sur ce volet-là», ajoute-t-il sans donner de détails. Etre plus présent dans les régions, c’est aussi le souhait de la CDC, qui pourrait se rapprocher de la Poste et de son réseau bancaire. Dans le cadre d’un meccano qui impliquerait aussi CNP Assurances, le schéma n’est pas encore arrêté entre prise de participation majoritaire de la CDC dans La Poste, accord minoritaire ou statut quo, indique à L’Agefi une source proche du dossier. Mais «on est en train de préciser la frontière entre Bpifrance centrée sur les entreprises, la CDC sur [le développement des] territoires et La Poste sur le retail», assure la source. En attendant, Bpifrance souhaite renforcer son action de «banque nomade» avec ses 500 chargés d’affaires qui rencontrent 100.000 entreprises chaque année. La banque mise aussi sur ses outils digitaux pour garder le contact avec les TPE, après la fin en 2019 du CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi) qu’elle préfinance.
Autre priorité, Bpifrance veut se faire une place dans le crédit export pour aider à combler – un peu – le déficit commercial abyssal de la France. Après l’absorption de l’activité de garantie publique de Coface en 2016, ses crédits à l’export seront «multipliés par dix» par rapport à 2013, à «environ 1 milliard d’euros», promet Nicolas Dufourcq. «Fin mai ou début juin», Bpifrance devrait enfin proposer des crédits acheteurs à l’Iran, pays délaissé par les banques commerciales en raison des risques de sanctions américaines. Face à «un pipeline de 1,5 milliard d’euros avec les exportateurs français», «nous avons une ligne de 100 millions qu’on va exploser très vite et on pourra prendre sur la ligne de 900 millions que vous avez votée», a indiqué le DG aux députés.
Parts de marché en baisse
Outre l’export, Bpifrance veut augmenter ses financements en faveur de la transition énergétique, troisième priorité exposée hier. Ceux-ci ont crû de 35% l’an dernier, à 1,2 milliard d’euros. Pour le reste, «aujourd’hui il est moins nécessaire de pousser les feux sur le crédit», reconnaît le patron de Bpifrance, établissement créé en 2012 pour palier le credit crunch engendré par la crise financière. Née du rapprochement d’Oséo, de CDC Entreprises, du FSI et du FSI régions, la banque a atteint sa vitesse de croisière après avoir doublé ses crédits à l’économie, de 8 milliards d’euros en 2012 aux 16 milliards attendus cette année. En 2018, ses financements devraient croître globalement de «1,8%», contre «+6%» en 2017 et une hausse de «20%» l’an passé pour le marché bancaire.
Du coup, la part de marché de Bpifrance dans les crédits aux entreprises devrait continuer de baisser, après être passée de «4,2%» au pic de 2016 à «3,8%» l’an dernier. «Notre part de marché remontera quand le cycle se sera inversé», soit dans «deux ou trois ans», prédit Nicolas Dufourcq. D’ici là, Bpifrance ne veut délaisser aucun de ses champs d’intervention, en dette ou en fonds propres. «Si vous nous demandez de ne faire que de la faille de marché, ça ne marchera pas», affirme son DG, car cela poserait un «problème de pérennité», ne donnerait pas la «possibilité d’attirer des banquiers» et relève d’une «critique théorique» et d’un «débat sans fin». Une réponse sans nuances au rapport Barrot-Zagury qui préconise justement un recentrage de Bpifrance sur la «résorption des failles de marché», dans le cadre de la future loi Pacte.
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