L’accès aux marchés se ferme dangereusement pour les entreprises
Plus de levée de dette. Pas de vente d’actions. Le coronavirus a gelé les sources de financement mettant en risque des groupes comme CMA CGM, Vallourec ou Technicolor.
Publié le
Olivier Pinaud
Dans quelles conditions le groupe CMA CGM pourra-t-il prochainement refinancer une partie de sa dette ?
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photo CMA CGM.
De la bousculade au désert. Alors qu’ils fonctionnaient à plein régime depuis le début de l’année, les marchés de la dette se sont brutalement fermés avec la propagation en Europe de l’épidémie de coronavirus. Même le marché obligataire investment grade américain a baissé le rideau : aucune émission n’a été recensée la semaine dernière, une absence d’activité qui ne se voit habituellement que pendant la coupure estivale.
Même paralysie sur les marchés actions. Une seule introduction en Bourse, celle de l'éditeur-développeur de jeux vidéo Nacon vendredi, depuis celle de Calisen début février à Londres. La semaine dernière, deux sociétés d’investissement britanniques qui prévoyaient de lancer leur IPO ont rebroussé chemin.
Inquiétudes sur CMA CGM
Cette situation commence à inquiéter. «Avec un rendement moyen de 3,40% vendredi, contre 2,5% environ avant la crise du coronavirus, le marché de la dette high yield est fermé aujourd’hui pour tout le monde. Mais, à sa réouverture, certains groupes ne pourront pas se permettre de se financer aux niveaux qu’exigera le marché à ce moment-là, au moins pendant un certain temps », prévient Vincent Marioni, directeur Europe des investissements crédit chez AllianzGI.
De plus en plus d’investisseurs s’interrogent ainsi sur le cas de CMA CGM qui doit refinancer dans les prochaines semaines une partie de sa dette. Déjà tendue depuis le rachat de Ceva Logistics, la situation financière du transporteur de containers l’est encore plus depuis quelques semaines, son activité étant dépendante des flux commerciaux entre la Chine et l’Europe.
Les obligations d’échéance 2025 de CMA CGM ont perdu 13 points en deux semaines, et ne cotent plus que 65% du pair. Leur rendement dépasse les 7%, un niveau que le transporteur ne pourrait pas se permettre de payer s’il venait à émettre de nouvelles obligations sur le marché. Le groupe marseillais pourrait ainsi être contraint de se tourner vers des sources de financement alternatives, voire d’accroître ses cessions d’actifs.
Dans l’automobile, autre secteur violemment touché par la crise du coronavirus, de nombreux équipementiers sont sous pression, comme Garret ou Adient.
Toutefois, les cas de fort stress restent encore limités. «La plupart des émetteurs ont profité d’un marché primaire favorable en 2019 et se sont refinancés», explique Christine Kam, analyste crédit chez Octo Finances. Elle cite par exemple Air France-KLM. La compagnie aérienne a eu le nez creux en refinançant en janvier son obligation hybride 2020. «Si cela n’avait pas été le cas, la situation aurait été extrêmement compliquée pour eux, car leur profil de crédit est fragile et ils sont très exposés au risque du Covid-19», reconnaît Christine Kam.
Altice Europe ou bien encore Eramet ont également eu la bonne idée de prendre les devants l’an dernier.
Si cette fermeture des marchés venait à se prolonger, elle pourrait également mettre en danger les groupes qui ont signé des acquisitions avant la crise du coronavirus ou qui comptent sur le marché actions pour restaurer leur bilan. C’est par exemple le cas de Technicolor, dont Moody’s a dégradé vendredi soir la note à Caa1, et de Vallourec. L’action du premier s’est effondrée de 61% en un mois. Celle du fabricant de tubes en acier a plongé de 27% depuis l’annonce du projet de levée de fonds le 20 février dernier.
Cette enveloppe supplémentaire provient d'un placement privé piloté par BNP Paribas et la Société Générale sur deux souches obligataires. Elle sert à financer la croissance externe.
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