Technicolor se donne trois ans pour réussir sa mue
L’amélioration du bilan de Technicolor constitue le préalable à une mise en œuvre efficace de son nouveau plan stratégique d’ici à 2022. Après avoir émis plusieurs avertissements sur résultats durant les trois dernières années, le conglomérat numérique a été conduit à poursuivre sa cure d’amaigrissement en recentrant ses activités sur trois marchés principaux (maison connectée, services de production, services DVD). Le groupe, qui a annoncé mi-février un projet d’augmentation de capital doublé d’une extension de la maturité de ses lignes de crédit, veut ainsi se donner les moyens d’améliorer la compétitivité de ses offres.
L’émission d’actions d’environ 300 millions d’euros, avec maintien du droit préférentiel de souscription, devrait être lancée au second trimestre 2020 sous réserve de l’aval de ses actionnaires qui se prononceront lors d’une assemblée générale extraordinaire le 23 mars. «JPMorgan et Natixis, en qualité de conseils financiers de Technicolor, ont conclu un engagement de pré-garantie sur l’intégralité de l’augmentation de capital à venir, à l’exclusion de la quote-part de ses actionnaires de référence - RWC Partners et Bpifrance Participations - qui fait l’objet d’un engagement de souscription, sous réserve de conditions usuelles», précise à L’Agefi Richard Moat, directeur général de Technicolor depuis novembre dernier. Ces deux actionnaires détenaient respectivement 10,13% et 5,27% du capital fin 2019. La capitalisation boursière du groupe est de 112 millions d’euros, après une chute de 60% de l’action depuis début janvier.
Sous réserve de réaliser cette levée de fonds, le groupe a par ailleurs obtenu une extension de la maturité de ses lignes de crédit. Son crédit renouvelable (RCF), d’un montant actuel de 250 millions d’euros, sera réduit à 225 millions à partir du 1er janvier 2021 puis à 202,5 millions à partir du 22 décembre 2021. La maturité de la ligne de crédit bilatéral de 125 millions de dollars auprès de Wells Fargo est prorogée de septembre 2021 à mars 2023. Aucune de ces lignes de crédit n’était tirée au 31 décembre 2019. Le groupe a en outre sécurisé une facilité de court terme supplémentaire de 110 millions de dollars, octroyée par JPMorgan et remboursable lors du règlement-livraison de l’augmentation de capital.
Leader dans les services de production
Ces mesures «fourniront au groupe les moyens de mener à bien sa transformation et de financer son développement sur certains segments de marché prioritaires», relève le directeur général. Sa principale source de croissance réside dans les services de production (effets visuels, animation et post-production) pour les films et séries télévisées. Dans cette division qui représentait l’an dernier 23,5% de son chiffre d’affaires, il est leader aux Etats-Unis avec une présence dans 70% des films figurant au box-office. Cette activité sera tirée par le dynamisme des plates-formes de streaming, les services d’animation et de nouvelles implantations en Europe et en Asie. La division «emploie à l’heure actuelle près de 5.000 personnes en Inde sur un effectif d’environ 17.000 salariés dans l’ensemble du groupe», souligne le dirigeant.
La division maison connectée, qui génère 52% de son activité, s’orientera vers les solutions d’accès haut débit, dont l’environnement commercial est meilleur que celui du marché de la vidéo par satellite. Dans les services DVD, à l’origine de 23% du chiffre d’affaires en 2019, Technicolor contrôle plus des deux tiers du marché mondial et 90% du marché américain, mais cette activité souffre de la dématérialisation des supports physiques. «Sur ce segment de marché en déclin d’environ 10% par an en volume, nous visons principalement à maximiser notre génération de trésorerie grâce au renouvellement des contrats et au développement de services associés», explique Richard Moat. Le groupe a gardé une activité résiduelle de licence de marques.
Son plan stratégique «prévoit des baisses de coûts atteignant 150 millions d’euros en base annuelle d’ici à 2022, dont 100 millions à réaliser d’ici à la fin de cette année dans l’ensemble des divisions», précise le dirigeant. Le groupe vise un excédent brut d’exploitation (Ebitda) cumulé de plus d’un milliard d’euros et un résultat d’exploitation avant amortissement des survaleurs (Ebita) supérieur à 340 millions d’euros sur trois ans. A l’horizon 2022, son ratio d’endettement net sur Ebitda ajusté devrait être inférieur à 2,75 fois, contre un levier financier de 3,9 fois au 31 décembre dernier, correspondant à une dette nette de 961 millions, d’où une note de crédit en catégorie très spéculative (B avec perspective stable pour S&P et B3 assortie d’une perspective négative chez Moody’s). Le groupe n’anticipe pas d’évolution majeure de son périmètre d’activités sur les trois prochaines années.
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