Les bénéfices des banques françaises crèvent le plafond
La reprise de 2021 n’a pas été une illusion pour les banques françaises. La plupart de celles qui ont publié leurs chiffres annuels affichent des résultats à des sommets historiques. BNP Paribas, la Société Générale, le Crédit Agricole, BPCE et le Crédit Mutuel Alliance Fédérale ont tous vécu une année 2021 exceptionnelle. Même si le Crédit Mutuel Arkéa et La Banque Postale ne dévoileront leurs résultats que dans quelques jours, le cumul des bénéfices des grandes banques françaises s’annonce d’ores et déjà record. En se basant sur les chiffres disponibles, il se monte à près de 32 milliards d’euros.
Le détail est impressionnant. En 2021, le résultat net de BNP Paribas culmine à 9,5 milliards d’euros, celui du groupe Crédit Agricole se monte à 9,1 milliards, la Société Générale a engrangé 5,6 milliards, BPCE 4 milliards et le Crédit Mutuel Alliance Fédérale 3,5 milliards.
Ces données, même partielles, correspondent à une progression de 56% du résultat net cumulé des six grands réseaux français par rapport aux 20,3 milliards de 2020. Mais plus marquant encore que l’évolution par rapport à 2020, année atypique, les banques dans leur ensemble dépassent de 24% leur résultat d’avant crise sanitaire. Fin 2019, elles cumulaient 25,6 milliards d‘euros de bénéfices.
L’effet rattrapage a joué à plein et l’année 2021 marque une nette accélération par rapport à la tendance haussière des résultats observée entre 2015 et 2019 (voir graphique).
Après une forte hausse du coût du risque en 2020, celui-ci s’est normalisé, permettant aux banques de répercuter dans leur résultat net la progression de leurs revenus. Elles tirent aussi profit, en 2021, de leur modèle de banque universelle. Les grands acteurs sont à la fois présents dans la banque de détail, la banque de financement et d’investissement, l’assurance ou encore les services financiers particuliers comme la location longue durée. Dans l’ensemble, tous les métiers ont participé à la croissance par rapport à la situation d’avant la crise, et les acteurs français ont pu s’appuyer sur leur socle de banque de détail domestique. Et ce, même si les revenus de certaines activités, comme la banque de financement et d’investissement, peuvent se révéler volatils.
Développement à coût marginal
Les grandes banques françaises ont, dans l’ensemble tout fait pour résister à l’inflation des charges. Si les investisseurs s’attendaient parfois à davantage d’efforts, comme pour BNP Paribas, « l’effet de ciseau positif », c’est-à-dire la croissance plus rapide des revenus par rapport aux coûts, revient en boucle. Cet argument, très surveillé par les actionnaires, a constitué l’un des éléments phare des discours des dirigeants pendant cette saison de résultats.
Sur ce point, le modèle de banque universelle constitue un avantage par rapport à des structures plus spécialisées. « Nous avons une logique de plateforme. Nos développements sur nos différents métiers se font à coût marginal », déclarait il y a peu à L’Agefi le directeur financier d’une grande banque française. Les grands réseaux universels capitalisent sur leurs investissements passés lorsqu’un de leurs métiers est porté par la conjoncture.
Pour les prochains mois, le modèle français pourrait souffrir un peu. Le ton plus restrictif des banques centrales sur leur politique monétaire provoque une remontée des taux à long terme. Or, si des taux durablement élevés sont généralement bénéfiques pour les grandes banques de dépôts, les périodes de transition se révèlent souvent plus délicates, comme l’expliquait jeudi Philippe Brassac, directeur général du Crédit Agricole, à L’Agefi : le coût de leur ressource augmente plus rapidement que leurs revenus. Les turbulences de marché depuis le début de l’année laissent aussi attendre un reflux dans certains métiers de la banque d’investissement. Il n’est donc pas certain que les exploits de 2021 se répètent en 2022.
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