Les banques françaises musclent leur base arrière au Portugal
Le Portugal garde la cote auprès des banques françaises. Devenu leur base arrière pour les fonctions informatiques, le pays s’apprête à accueillir d’autres projets de délocalisation ou de relocalisation, selon la perspective dans laquelle on se place. Chez Natixis, une petite centaine de postes de fonctions supports groupe devraient ainsi être déployées à Porto au premier semestre 2020, a appris L’Agefi de sources internes. Caceis, la filiale titres du Crédit Agricole, devrait quant à elle s’appuyer sur Accenture à Lisbonne, suivant en cela l’exemple d’autres entités de la banque verte telles que LCL et CA Consumer Finance, indique une source syndicale.
Natixis a présenté fin octobre aux partenaires sociaux un projet portant sur la localisation de 91 postes à Porto. Ces missions, au deux tiers, sont aujourd’hui assumées par des prestataires externes et des intérimaires ou CDD en France. La filiale de BPCE avait en 2016 lancé un premier projet, baptisé Atlas, pour des postes d’informaticiens : 750 travaillent désormais pour son compte dans la capitale portugaise, une majorité comme salariés sous contrat local. Forte de ce qu’elle considère comme un succès, la banque a décidé d’élargir l’expérience à des fonctions supports telles que les back-offices de certains financements syndiqués et crédits documentaires, la gestion des risques fournisseurs, les ressources humaines ou la conformité.
Si le nombre de postes concernés peut paraître modeste, les partenaires sociaux y voient la porte ouverte à d’autres transferts d’activité. «Dans quelques années, le Portugal sera la principale place pour l’informatique et les back-offices», pronostique même un responsable syndical. Le pays offre une main d’œuvre qualifiée et des coûts compétitifs. «Entre le salaire, les charges sociales, la fiscalité et l’immobilier de bureaux, un poste à Porto coûte deux à trois fois moins cher qu’en France», poursuit cette source. Natixis ne fait pas de commentaires. Le Portugal offre aussi l’avantage de se situer en zone euro, à la portée du superviseur bancaire unique, la Banque centrale européenne.
L’optique de Caceis est un peu différente. Présenté début octobre en interne, «ce projet consiste à regrouper à Lisbonne nos compétences de développement informatique aujourd’hui assurées par une centaine de prestataires en Inde et une cinquantaine en Tunisie», explique Francis Combes, group head of IT development centers chez Caceis. Des destinations autrefois prisées, mais dont les inconvénients sont apparus au fil du temps, comme le décalage horaire et une certaine complexité réglementaire.
La nouvelle organisation doit être déployée au premier trimestre 2021. Trois cadres de Caceis la piloteront sur place. «L’objectif est d’abord de simplifier l’organisation. La différence de coût n’est pas significative au point de peser dans la décision, et nous n’avons pas l’intention de localiser d’autres fonctions à Lisbonne.»
Parmi les banques françaises qui ont choisi de faire du Portugal leur usine, BNP Paribas fait toutefois la course en tête. A fin 2018, le groupe employait près de 5.200 collaborateurs dans le pays, 3.000 de plus en trois ans, selon les données de son bilan social européen. Il y a notamment logé une bonne partie de ses équipes support pour la banque de financement et d’investissement (CIB) : celle-ci comptait à la fin de l’an dernier 3.350 collaborateurs au Portugal, soit plus qu’au Royaume-Uni (3.028) bien que la City soit la place forte de ces activités en Europe.
Plus d'articles du même thème
-
En matière de cybersécurité, la dépendance aux tiers expose la finance européenne
Un an après la mise en application du règlement européen Dora relatif à la résilience des infrastructures cyber des établissements financiers de l’UE, les autorités de surveillance tirent un premier bilan. Un tiers des incidents cyber majeurs des établissements financiers est le fait d’une défaillance d’un tiers et est de plus en plus transfrontalier. -
Un marché des AT1 en surchauffe permet aux banques de bloquer leurs spreads pour 10 ans
NatWest et Santander ont émis des obligations subordonnées Additional Tier 1 (AT1) remboursables par anticipation seulement après 10 ans, au lieu des 5 ans habituels. Pour les banques, cela repousse les échéances de leur refinancement. Pour les investisseurs, les risques de dépréciation et de non-remboursement à date de «call» augmentent. -
Le fonds américain JC Flowers signe son retour en France avec Monte Paschi
La société d’investissement spécialisée dans les services financiers rachète les activités de la banque italienne dans l’Hexagone.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF confirme son rebond en mai
- Chez Ardian, une succession au long cours qui n’ose pas dire son nom
- TotalEnergies pourrait doublement profiter de la guerre au Moyen-Orient
- Atalian s’apprête à passer sous le contrôle de ses créanciers
- Avec BMW, Airbus et EDF, Mistral AI se déploie dans l’ingénierie industrielle
- Le Crédit Mutuel vante la banque à réseau pour concéder l'inévitable passage au digital
Contenu de nos partenaires
-
En équilibreLutte contre l'antisémitisme : Aurore Bergé peaufine la nouvelle version de sa loi
Après le retrait d’une première proposition de loi jugée trop clivante, l’exécutif tente de bâtir un cadre plus consensuel. Un mois après les consultations de tous les groupes parlementaires, le texte est en route pour le Conseil d'Etat -
C'est openLe français H Company rejoint la coalition Nemotron de Nvidia
Cette alliance open source à durée indéterminée permettra notamment à H Company de bénéficier de la puissance de calcul du géant américain -
L'Union européenne prête à reprendre les négociations d'adhésion avec l'Ukraine
Mercredi 3 juin, Bruxelles a ouvert la voie à la reprise formelle des négociations d'adhésion avec l'Ukraine. Celles-ci étaient bloquées jusqu'à présent par la Hongrie