«Altarea veut toujours être présent dans la gestion d’actifs»

Dans un entretien paru dans L’Agefi Hebdo, Jacques Ehrmann, le directeur général du groupe Altarea, déploie la vision stratégique du développeur immobilier, après avoir renoncé à racheter le gestionnaire d’actifs Primonial. NewsManagers édite l’interview.
Valérie Riochet
jacques-ehrmann-by-antoine-doyen.jpg

L’Agefi: Quelles sont les incidences du contexte macroéconomique pour le secteur de la promotion et Altarea en particulier ? Jacques Ehrmann: «Altarea est aujourd’hui le deuxième promoteur résidentiel et s’est structuré afin d’atteindre un potentiel de 18.000 lots vendus par an à moyen terme. Notre stratégie est de grandir en logements et cela sur toutes les gammes d’offres -- de l’entrée au haut de gamme en passant par les résidences gérées. Aujourd’hui, nous construisons 13.000 logements répartis dans 200 immeubles environ par an sur tout le territoire, en grandes agglomérations et, de plus en plus, au sein de villes moyennes pour épouser les tendances démographiques du pays. La difficulté majeure du secteur tient à la contraction de l’offre en raison de la raréfaction des terrains et d’un volume insuffisant de permis de construire. A cela s’ajoutent l’avalanche de normes réglementaires toujours plus exigeantes et plus récemment l’inflation des coûts de construction. Néanmoins, nous avons réussi à augmenter notre production et disposons d’un stock à la vente de plus de 5.000 logements. Par ailleurs, le groupe dispose d’un pipeline de projets d’une valeur de plus de 19 milliards d’euros, toutes classes d’actifs confondues, qui le positionne à la place de premier développeur d’immobilier en France (bureau, logement, commerce) et leader de la transformation urbaine. Pour répondre au mieux aux tendances sociétales et aux attentes de nos clients, nous étendons nos expertises sur la logistique, la logistique urbaine, les écoles, etc. Enfin, expertise rare, le groupe s’est spécialisé dans les grands projets mixtes qui relèvent traditionnellement de l’action des aménageurs publics. Ici, Altarea se positionne sur de grandes emprises foncières pour les réécrire totalement. C’est ce que nous préférons réaliser, tous les métiers du groupe se combinent pour transformer la ville. Dernier exemple en date, la livraison à partir de septembre d’Issy Cœur de Ville où cohabitent logements, bureaux et commerce en pieds d’immeuble, alimentés par une boucle géothermique, au sein d’une forêt urbaine de 13.000 m2. L’Agefi: Avec le rachat de Primonial, Altarea s’apprêtait à écrire un nouveau chapitre de son histoire. L’opération abandonnée, quelle stratégie nourrissez-vous ? Altarea avait identifié le marché de la gestion d’actifs comme un prolongement naturel de ses activités. L’opération comprenait l’acquisition des activités d’asset management immobilier et de distribution de Primonial. Il s’agissait de marier notre savoir-faire autour de la transformation urbaine à une plateforme d'épargne immobilière et d’asset management immobilier européen. Transformer la ville nécessite la mobilisation de capitaux considérables, tant pour les actifs neufs que pour le stock. Injecter l'épargne des particuliers vers la pierre donne incontestablement du sens. Nous confirmons notre volonté de départ et notre vision stratégique. Rien n’a changé : le groupe veut être présent dans la gestion d’actifs. Cela se concrétise avec la nomination récente de Baptiste Borezée au poste de directeur général délégué, en charge de la stratégie, du M&A et du pôle Services. Il pilotera notamment notre pôle Altarea Solutions et Services -- plateforme de services internalisée pour l’ensemble des marques logements d’Altarea, qui offre accompagnement commercial, courtage en financement, gestion locative -- afin de poursuivre et de développer notre activité de services. Ce pôle émergera autour d’opérations de croissance organiques et externes. Le renforcement du modèle opérationnel et financier d’Altarea passera, entre autres, par la structuration d’un pôle en asset management. L’Agefi: N’est-il pas trop tard pour pénétrer le marché de l'épargne immobilière déjà largement pourvu ? Nous abordons le secteur de la gestion d’actifs de façon différente. Il y a de la place pour la stratégie value added que nous portons et souhaitons déployer auprès d’investisseurs particuliers ou de grands comptes. L’obsolescence tertiaire, le recyclage urbain en général est un sujet qui se pose avec acuité. Le marché doit se réinventer sur fond de poussée inflationniste et de hausse des taux d’intérêt. Jusqu'à présent, le modèle dominant sur ce marché en période de compression des taux consiste en une stratégie core qui s’appuie sur des portefeuilles d’immeubles ‘prime’ bien placés. Or le changement de paradigme est là... L’Agefi: Les actionnaires de Primonial ont porté l’affaire en justice, Altarea a déposé son argumentaire ce 20 juin. La non-réalisation de l’acquisition de Primonial aura nécessairement un effet dilutif sur vos résultats... Les résultats semestriels seront présentés le 28 juillet prochain et nous ne commentons pas une affaire en cours. Cette opération a nécessité en amont une restructuration du bilan avec une augmentation de capital d’environ 350 millions d’euros et la cession d’actifs générateurs à hauteur de 500 millions, par ailleurs générateurs de cash-flow. Des lignes de crédit syndiqué de 800 millions d’euros avaient été sécurisées. Le groupe bénéficie d’une assise financière qui permet de se positionner sur d’importants programmes, contrairement à d’autres promoteurs dont le bilan est généralement plus court et qui n’ont accès au marché financier. Altarea quant à elle, au profil hybride foncière/promoteur, est notée et place régulièrement des émissions obligataires. Aujourd’hui, nous disposons de 3 milliards d’euros mobilisables (+365 millions par rapport à décembre 2021), soit une marge de manœuvre formidable pour mener des opérations de croissance externe, notamment. Certains acteurs qui souffriraient de la crise économique pourraient chercher des partenaires en vue d’une recapitalisation. Parallèlement, beaucoup de nos crédits ‘promoteurs’ ont été remboursés par anticipation, nous nous sommes également autofinancés pour remployer nos liquidités. A fin mars, notre LTV (loan-to-value) était ramenée à 24,1%. Nous affichons non seulement le plus important bilan du secteur de la promotion, mais aussi le plus faible levier de toutes les foncières européennes (en moyenne de 35% à 40%, NDLR). Plus que jamais, notre solidité financière couplée à notre capacité à être agiles dans la complexité et à répondre aux grandes transitions environnementales et sociétales sera un atout dans cette période d’incertitude.

Un évènement L’AGEFI

Plus d'articles du même thème

Contenu de nos partenaires

A lire sur ...