Vauban Humanis anticipe une baisse de ses investissements en actif risqués
Vauban Humanis est un bon concentré de toutes les contraintes qui s’imposent aux représentants du monde de la prévoyance et des mutuelles. Avec 3,1 milliards d’euros d’actifs sous gestion, dont 500 millions de trésorerie à court terme, le groupe affiche une taille moyenne, loin des poids lourds Malakoff Médéric ou AG2R La Mondiale. Il rassemble pourtant deux institutions de retraite complémentaire (IRC) pesant 80 % de l’encours, une institution de prévoyance (15 %) et deux mutuelles (5 %).
Outre ses contraintes réglementaires, chaque compartiment a ses objectifs : performance à long terme pour les IRC, revenus pérennes sur les cinq ans à venir pour la partie IP/mutuelles afin d’alimenter les fonds propres. Pour les gérer, Vauban Humanis ne s’appuie pas sur une filiale à part entière, mais sur un département de quatre personnes, qui reçoit le cas échéant le soutien du département trésorerie. Ce qui explique que 90 % des encours soient gérés en délégation à travers des OPCVM dédiés ou ouverts, et 10 % seulement en direct sous forme d’obligations uniquement.
La tempête des deux dernières années a évidemment eu ses conséquences sur la politique de placement. En termes d’organisation, « la crise financière nous a conduit à renforcer ou institutionnaliser un certain nombre de contrôles. Nous avons adapté nos stress-tests, créé un référentiel interne pour la gestion du risque de contrepartie, et formalisé un rapport de solidité financière validé deux fois par an au niveau du groupe », expliquent Didier Bonneau, directeur financier de Vauban Humanis, et Christophe Cattoir, responsable du département gestion d’actifs. Le groupe a aussi musclé son approche « investissement socialement responsable ».
Pour améliorer sa gestion tactique, Vauban Humanis a enfin élargi ses marges de manœuvre autour de son allocation stratégique. Celle-ci varie selon les portefeuilles. Pour les IRC, elle est de 70 % en taux et 30 % en actions. Pour la partie IP/mutuelles, les obligations en direct oscillent entre 40 % et 70 %, la part actions entre 5 % et 15 %.
Les changements apportés sont un reflet de la crise. En 2008, le groupe a diminué sa poche actions et accru les encours de monétaire classique – il n’a jamais touché aux fonds dynamiques. Après la faillite de Lehman Brothers en septembre, les Sicav monétaires régulières ont été liquidées au profit des titres garantis par les Etats. A partir de mars 2009, Vauban Humanis a basculé à nouveau sa gestion monétaire vers des Sicav classiques, notées au minimum A+/A1. En parallèle, dès le troisième trimestre 2008, le groupe s’est intéressé de manière progressive aux émissions obligataires corporate. Ses investissements directs se sont montés sur la période à environ 300 millions d’euros.
A plus long terme, l’allocation stratégique sera influencée par les évolutions réglementaires. « Nous commençons à intégrer deux nouvelles contraintes de gestion : Solvabilité 2 et le passage des institutions de prévoyance et mutuelles sous le régime normal de la fiscalité. L’impact de Solvabilité 2 devrait nous amener à diminuer la part des actifs risqués dans nos portefeuilles et donc potentiellement celle des actions », confient Didier Bonneau et Christophe Cattoir.
Cette diminution ne concernera pas forcément tous les types d’actifs à risques. Vauban Humanis réfléchit au poids accordé à la gestion alternative, qui représente aujourd’hui entre 5 et 10 % du portefeuille. Une montée en puissance des produits structurés et des FCPR (fonds commun de placement à risques) dans les cinq ans est également à l’étude. « Nous continuons de considérer que les produits structurés sont de bons outils de gestion, qui permettent de toucher des classes d’actifs dans lesquelles nous ne pouvons investir directement, comme l’inflation, soulignent Didier Bonneau et Christophe Cattoir. Mais nous sommes encore plus exigeants sur leur transparence et leur liquidité. Nous avons par exemple investi cette année dans deux produits structurés très simples, basés sur des indices et avec un capital garanti ou protégé. »
Pour accompagner ces évolutions, Vauban Humanis s’appuiera sur des contreparties plus resserrées. « Depuis début 2008, nous cherchons à réduire le nombre de gestionnaires d’environ 40 à 30 sociétés. Ce mouvement n’est pas lié à la crise. Il résulte d’une volonté de travailler en profondeur avec un nombre plus limité de partenaires de long terme », indiquent Didier Bonneau et Christophe Cattoir. Témoin de cette politique, la plupart des fonds dédiés ont au moins 10 ans de vie, et le dernier à avoir été mis en place date de 2002. Dans les prochains mois, Vauban Humanis ne compte d’ailleurs pas effectuer d’appel d’offres, mais plutôt accroître la mise en concurrence de ses gestionnaires actuels. Les voilà prévenus.
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