«Une vraie gestion active est coûteuse à mettre en place»
L’Agefi: Vous avez fêté les 10 ans de présence de M&G à Paris le 26 avril. Que pèse la France dans votre dispositif ?
Anne Richards: La France est un grand succès et représente un marché important, le troisième de M&G Investments à l’international. Après le trou d’air de 2015, nous avons retrouvé une collecte nette positive et un niveau d’encours de 5 milliards d’euros (à fin mars 2017), à comparer à environ 75 milliards d’euros gérés par le groupe à l’international pour le compte de la clientèle externe de notre activité de fonds communs.
Brexit oblige, votre expansion internationale devra passer par la création d’une société au Luxembourg. Pourquoi ce choix et comment vos travaux progressent-ils ?
Au départ, nous pensions qu’une installation à Dublin ferait sens mais nos clients ont été absolument clairs: ils préféraient le Luxembourg. Le régulateur local s’est montré très précis sur ce qu’il attendait de nous. La nouvelle structure de fonds luxembourgeois fonctionne depuis Noël. Dans les 18 prochains mois, nous aurons un gros travail à faire sur nos prospectus et sur le choix des fonds qui seront disponibles au Luxembourg et ce en dialoguant avec nos clients afin de connaître leur préférence. Le plus important pour nous est qu’à l’horizon mars 2019, quelle que soit l’issue des discussions sur le Brexit, nous aurons deux gammes de fonds, l’une domiciliée au Royaume-Uni, l’autre au Luxembourg.
Comment M&G, un pur gérant actif, résiste-t-il à l’essor de la gestion passive et au souhait des régulateurs que les souscripteurs de fonds actifs en aient vraiment pour leur argent ?
Si vous ne croyez pas à la gestion active, vous ne croyez pas à l’économie de marché. Que fait un gérant actif fondamentalement ? Il alloue du capital en faveur des entreprises qui créent de la valeur et au détriment de celles qui en détruisent, et cette discrimination constitue un élément vital d’une économie efficiente. Pour cela, il faut mettre en œuvre des stratégies de gestion vraiment actives, à l’image de ce que nous faisons avec notre fonds Optimal Income: vous ne trouverez pas d’ordinateur ou d’algorithme capable de copier cela. Le problème est qu’il existe dans le marché un certain nombre de gérants qui ne délivrent guère plus que la performance de leur indice et qu’un client n’a aucune raison de payer ce service au prix d’un fonds actif. Collectivement – et ce n’est pas le cas de M&G –, l’industrie de l’asset management a tardé à prendre la mesure de ce besoin de transparence sur les performances et les commissions. Car une vraie gestion active est coûteuse à mettre en place, en temps et en argent.
Entre ces investissements nécessaires et les pressions sur les revenus, faut-il s’attendre à une poursuite de la baisse des marges ?
Défendre nos marges en réduisant simplement nos coûts serait une erreur. Vous ne pouvez pas croître sans investir. C’est pour cela que nous avons engagé l’été dernier le projet d’adoption du système Aladdin de BlackRock. Il devrait aboutir dans le courant du premier semestre 2018. La technologie nous offre l’opportunité de simplifier nos processus tout en accroissant nos capacités et de redéployer des ressources humaines vers des tâches à valeur ajoutée. A la fin de ce projet, nous disposerons d’une seule base de données pour la comptabilité, l’investissement et la clientèle. Cela représente un investissement élevé, dont je ne peux dévoiler le montant, mais qui se traduira à terme par des coûts de fonctionnement significativement moins élevés, et par une plus grande flexibilité.
Que peuvent vous apporter d’autres avancées technologiques, comme la Blockchain ?
La technologie du registre décentralisé (distributed ledger technology) a le potentiel de changer la manière dont l’industrie de la gestion opère. Toute notre activité, à commencer par l’achat de parts dans des fonds, est basée sur des contrats qui sont traités de manière séquentielle par les différents acteurs de la chaîne – gérant, agent de transfert, conservateur… La technologie du registre décentralisé permet d’agir simultanément: elle rendra la chaîne de traitement moins complexe et plus rapide. L’autre point intéressant, avec ces points d’entrée multiples, est que le système peut corriger lui-même les erreurs, alors qu’aujourd’hui, tout repose sur le custodian. Nous ne faisons pas partie d’un consortium Blockchain, nous discutons avec plusieurs d’entre eux. Personne n’a encore trouvé la solution complète, mais d’ici à trois ans, le changement que cela apportera à l’industrie sera significatif.
Entendez-vous prendre part au mouvement de consolidation du secteur, comme le font vos compatriotes Aberdeen AM, Standard Life et Henderson ?
Les mariages de grande envergure apportent des économies d’échelle, mais aussi des «déséconomies» dont l’histoire démontre qu’elles sont difficiles à éviter. Celles-ci proviennent en partie d’un choc des cultures et de la complexité à gérer différentes organisations dans diverses parties du monde. Ces fusions laissent aussi les clients dans l’incertitude, et pour des périodes de plus en plus longues car les délais d’obtention du feu vert des autorités s’accroissent. Si les sociétés ont été poussées au mariage en raison d’une position de faiblesse, le processus est encore plus compliqué. Il ne faut jamais dire jamais, mais M&G dispose d’un vaste champ d’opportunités de développement organique, notamment à l’international. Je préfère une croissance lente et saine à une croissance rapide et de mauvaise qualité, même s’il pourrait être intéressant d’acheter ici ou là une expertise ou un bureau si l’occasion se présentait.
Plus d'articles du même thème
-
Les gestionnaires d'actifs affrontent le défi de la réversibilité technologique
Face à leur dépendance croissante aux prestataires externes, les sociétés de gestion cherchent à préserver leur autonomie de gouvernance. Lors de l'AM Tech Day organisé par L'Agefi, elles ont montré que maîtrise des compétences, réversibilité et anticipation des risques sont devenues des enjeux de résilience opérationnelle. -
Le marché suisse des fonds se rapproche des 2.000 milliards de francs suisses d’encours
Le marché helvétique a collecté à fin septembre 2026 plus de 32 milliards de francs suisses depuis le début de l’année, selon l’Association de la gestion d’actifs suisse (Amas). -
L'AMF demande aux fonds monétaires de relever leurs tampons de liquidité
Le régulateur insiste sur la détection précoce des tensions et la rapidité des mesures correctrices liées à la liquidité. Un enjeu pour un marché français dont les encours approchent 480 milliards d’euros en août 2026. -
Fidelity lance un fonds dédié aux entreprises innovantes
Le portefeuille devrait compter entre 100 et 200 titres axés sur la diffusion de technologies, de produits, de services ou de modèles économiques jugés innovants. -
L’Europe se prépare au difficile passage du règlement-livraison en un jour
Programmé pour le 11 octobre 2027 afin de s’aligner sur Wall Street, le passage des marchés financiers européens à un règlement-livraison des titres en un jour au lieu de deux a rallié les professionnels malgré la complexité de sa mise en œuvre. -
Amundi sort un trimestre solide mais sans records
Le gestionnaire d'actifs du groupe Crédit Agricole voit sa dynamique de collecte freinée par la réallocation d'une partie d'un mandat d'un fonds de pension indien qui n'impacte pas ses résultats pour autant selon sa directrice générale Valérie Baudson.
ETF à la Une
Près d’un quart de la collecte d'octobre sur les ETF en Europe s’est dirigé vers les actifs américains
- Dette immobilière, le plus difficile reste à venir
- Amundi sort un trimestre solide mais sans records
- BNPP AM collecte 31 milliards d’euros sur les 9 premiers mois de l’année 2026
- Benoît Jauvert et David Kalfon (Flornoy Ferri et Sanso Longchamp AM) : «La combinaison de nos offres va donner naissance à une proposition de valeur plus globale»
- Près d’un quart de la collecte d'octobre sur les ETF en Europe s’est dirigé vers les actifs américains
Contenu de nos partenaires
-
Tic tacPrimaire: Gérard Larcher lance le compte à rebours
Si aucun candidat de la droite et du centre ne s'impose d'ici fin décembre, « il faudra un sursaut en début d'année », prévient le président du Sénat -
Visé par de nouvelles hausses de taxes, le secteur aérien en pleine zone de turbulences
Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit de multiples dispositions qui relèvent la fiscalité sur différents acteurs du secteur aérien, et qui pourraient répercuter ces taxes sur les prix des billets d’avion -
EditorialCNews, LFI : le piège démocratique
Pluralisme : pourquoi vouloir interdire CNews ou dissoudre LFI est un piège démocratique