Une sortie de la Grèce de l’euro fait moins peur aux banques européennes

Grâce au programme d'échange de dette de mars, elles ne sont plus guère exposées directement au pays, contrairement au secteur public
Solenn Poullennec

Alors que la Grèce est dans une impasse politique, les craintes d’une sortie du pays de la zone euro ressurgissent. Certains analystes relativisent les conséquences économiques d’un tel événement sur les banques, grâce au succès du programme d'échange de dette (PSI). A condition bien sûr d'éviter une contagion de la crise à d’autres pays.

Bruno Cavalier, économiste chez Oddo Securities estime que la Grèce a deux solutions. Soit elle accepte de suivre la politique d’austérité et de réformes structurelles imposée par l’Union européenne et le FMI en échange de leur aide financière. Soit elle réintroduit la drachme pour tenter de soutenir son économie en dévaluant sa monnaie. Pour l’économiste, cela ne signifierait pas forcément un défaut sur la dette.

Maintes fois évoquée, l’hypothèse de l’abandon de la monnaie unique fait un peu moins peur aujourd’hui. «La Grèce a désormais moins de levier sur ses partenaires: l’opération de swap [PSI] n’a pas provoqué l’onde de choc redoutée via les CDS et il en a résulté que l’exposition des institutions financières européennes à la Grèce est fortement réduite», souligne Bruno Cavalier.

En mars, les créanciers privés ont dû accepter une décote de 53,3% sur les quelque 206 milliards d’euros de dette grecque qu’ils détenaient et ont reçu en échange de leurs anciennes obligations, des titres d’Etat grecs à trente ans et des obligations du FESF. En prévision du plan, les banques ont passé des provisions sur leur exposition à la Grèce allant jusqu’à 75%. Si bien qu’«une sortie de l’euro de la Grèce serait évidemment une mauvaise nouvelle mais pas de nature à mettre le système en péril ou à nécessiter des recapitalisations massives», selon les analystes d’Oddo. D’après eux, le Crédit Agricole fait figure d’exception parmi les principales banques européennes et risquerait d’enregistrer jusqu'à 7 milliards d’euros de pertes.

La sortie de la Grèce serait aussi pénible pour les entreprises européennes exposées à ce pays, comme Carrefour, via sa filiale de distribution Marinopoulos. Mais théoriquement, le secteur le plus exposé à la république hellène est le public. En mars, les analystes de Credit Suisse estimaient que la part de la dette détenue par cette catégorie de créanciers, devait passer de 40% avant le PSI à 70% après, puis à 80% en 2014 avec le déblocage des fonds par le Fonds monétaire international et l’Union européenne.

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