Une nouvelle mise à contribution guette les créanciers publics d’Athènes
Les créanciers privés de la Grèce sont ceux qui ont de la chance». Volontiers provocateur, le titre de cette chronique signée de l'économiste Nouriel Roubini dans le Financial Times du 8 mars n’en reflète pas moins une certaine réalité. Car au terme du plan de restructuration de sa dette privée (PSI) mené avec succès par Athènes, la plupart des économistes partagent deux certitudes: le pays affiche encore un niveau de dette quasi insoutenable, et celle-ci se trouve désormais majoritairement aux mains des créanciers publics (Union européenne, FMI, banques centrales). En obtenant vendredi, après l’activation de ses clauses d’action collective, l’apport de 197 milliards d’euros d’obligations à son offre d’échange, Athènes s’est assuré une baisse de sa dette détenue par le secteur privé d’au moins 105 milliards d’euros (53,5%). Ce montant sera ajusté à la marge selon les résultats définitifs de l’offre sur les obligations de droit étranger (lire p. 2).
Résultat: de 40% avant le PSI, la part de la dette détenue par les créanciers publics devrait passer à plus de 70%, et s’approcher des 80% en 2014 au fur et à mesure des décaissements effectués par le FMI et l’Europe, selon les calculs de Credit Suisse. L’Eurogroupe a annoncé vendredi que plus rien ne s’opposait au déblocage de la première tranche du deuxième plan de sauvetage de 130 milliards d’euros. Le FMI, en ce qui le concerne, prévoit d’y consacrer 28 milliards d’euros sur quatre ans.
Malgré le succès de l’échange, l’hypothèse d’un retour à un niveau de dette sur PIB de 120% en 2020 après un sommet à 168 % l’an prochain paraît très optimiste. L’économie locale s’est contractée de 7,5% au dernier trimestre, et la glissade se poursuit. L’indice PMI des nouvelles commandes à l’industrie est passé en février sous les 35 points – la stagnation est à 50. Respecter le scénario central de la Troïka UE-FMI-BCE, qui table sur une croissance de 2% ou plus en Grèce dès 2015 et un excédent primaire moyen de 4,5% chaque année, tiendrait du miracle. Signe de cette défiance, les nouveaux emprunts émis dans le cadre du PSI traitaient vendredi sur le marché gris autour de 20-25% du pair.
«Sans nouvelle restructuration, il est plus probable que le ratio de dette sur PIB soit de 160% en 2020», prévoient les stratégistes taux de RBS. Chez JPMorgan, la projection atteint même 180%. Compte tenu du dérapage anticipé par rapport au scénario central de la Troïka, «la Grèce aura besoin de 20 milliards d’euros de liquidités supplémentaires entre 2012 et 2014», estime Nicola Mai, économiste de la banque américaine. Plusieurs options seraient alors sur la table: un recours accru au financement par bons du Trésor, de nouvelles mesures d’austérité, une aide supplémentaire et/ou une restructuration des créances détenues par le FMI, l’Union européenne et la BCE.
De nombreux observateurs jugent cette dernière option de plus en plus crédible. «Une forme d’OSI, l’implication du secteur officiel, sera inévitable en 2013 ou en 2014», prévoit Paolo Pizzoli, économiste senior chez ING. Un troisième plan de sauvetage couplé à un «OSI» et à un nouveau PSI semble ainsi le scénario le plus probable aux yeux de Credit Suisse.
En fait, la mise à contribution du secteur public a déjà commencé. La BCE a renoncé aux profits éventuels qu’elle aurait pu dégager sur ses obligations grecques rachetées en-dessous du pair, et qui seront rétrocédées à la Grèce. Surtout, les prêts accordés par le FMI et les pays européens ont été restructurés à plusieurs reprises avec un rallongement des maturités et une baisse des taux d’intérêt. La dernière fois, le 20 février, pour corriger le dérapage lié à la récession plus forte que prévu en Grèce. «Tous les États membres ont marqué leur accord sur un abaissement rétroactif supplémentaire des taux d’intérêt applicables aux prêts bilatéraux à la Grèce, de sorte que la marge s'élève à 150 points de base sur toute la durée des prêts, avaient alors indiqué les dirigeants européens. Cela réduira de 2,8 points de pourcentage le ratio dette/PIB de la Grèce en 2020 et ses besoins de financement de 1,4 milliard d’euros».
Mais si Athènes n’a plus à l’avenir ni la capacité économique, ni la volonté politique, de respecter ses engagements, «il n’y aurait alors pas de nouveau plan de sauvetage, mais un défaut pur et simple qui entraînerait sans doute une sortie de la Grèce de la zone euro», indique Credit Suisse. Le secteur privé aurait moins à y perdre qu’avant le PSI. Alors que 86% des obligations du pays étaient de droit grec, les créanciers privés ont obtenu que les nouveaux titres reçus lors de l’échange soient émis en droit britannique. En cas de sortie de la zone euro, la Grèce ne pourra pas les convertir unilatéralement dans sa nouvelle monnaie locale et les dévaluer.
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