« Une golden share doit pouvoir s’appuyer sur une raison impérieuse d’intérêt général »
Après le débat provoqué par le cas EADS, « L’Agefi » s’est entretenu avec Nicolas Thirion, professeur de droit économique à l’université de Liège
Publié le
Ajouter à vos sources préférées
Ajouter en favori
Propos recueillis par Florence Autret, à Bruxelles
L’Agefi : Assiste-t-on depuis quelques années à un durcissement de la jurisprudence européenne sur les golden shares ?
Nicolas Thirion : Pas spécialement. La Cour européenne reste dans sa logique. Depuis qu’elle a commencé à s’intéresser à ce sujet à la fin des années 90, elle s’est attachée à donner sa pleine application au principe de libre circulation des capitaux. En 2002, dans deux affaires importantes, l’avocat général a suggéré de revenir sur cette jurisprudence, avec des arguments juridiques convaincants, me semble-t-il. Sans succès. L’arrêt Volkswagen de 2007 [ndlr, qui invalide la golden share du Land de Basse-Saxe] s’inscrit dans cette logique. La Cour donne beaucoup d’importance à certains articles et en ignore d’autres.
Qu’ignore-t-elle ?
Par exemple, l’article 295 qui pose le principe de la neutralité du traité vis-à-vis de la propriété, quelle qu’elle soit. Or la golden share n’est rien d’autre qu’une forme d’action à vote plural. La jurisprudence de la Cour s’apparente donc à un contrôle de la façon dont on organise le régime de contrôle de certaines valeurs mobilières. Le tour de passe-passe de 2002 a consisté à réduire l’article 295 à peau de chagrin.
Quelles limites la Cour pose-t-elle à l’exercice d’une « action spécifique » ?
Pour qu’une golden share soit, disons, « légale », elle doit d’abord pouvoir s’appuyer sur une raison impérieuse d’intérêt général. Cela peut être l’ordre public ou la sécurité publique, mais aussi, par exemple, la sécurité de l’approvisionnement en énergie. Il faut ensuite que le droit de regard que se consent l’autorité publique soit proportionné à l’objectif légitime, qu’il ne décourage pas les investisseurs. La Belgique a vu son système conforté parce qu’elle a précisé le régime d’exercice des actions spécifiques et l’a soumis à des critères clairs, transparents et non discriminatoires.
Quel problème particulier pose selon vous le cas d’EADS, où Paris et Berlin envisagent de créer une action spécifique ?
La difficulté réside ici, outre la nécessité de satisfaire aux critères de la jurisprudence, dans le fait qu’il s’agit d’une entreprise binationale. La loi allemande ne peut décider unilatéralement d’introduire une golden share. Pour surmonter cela, on peut imaginer un traité international franco-allemand qui modifie le statut de la société.
Les très grandes entreprises nationales affichent des gains de productivité plus élevés que dans le reste de l’Europe, grâce essentiellement à leur croissance et non par des réductions d’effectifs. En revanche, la France manque cruellement d’entreprises innovantes parmi ses grands champions.
Réindustrialiser l’Europe ne signifie pas seulement relocaliser la production. Pour reconstruire une souveraineté industrielle durable, encore faut-il financer les bons maillons, disposer de foncier, de compétences, d’infrastructures logistiques et d’une vision de long terme. C’est autour de ces enjeux que se sont articulés les échanges du dernier atelier du groupe de travail “Souveraineté et durabilité : le nouveau couple européen”, co-fondé par Edmond de Rothschild Asset Management dans le cadre du Think Tank “2030, Investir Demain”.
Le document a été présenté et publié vendredi. Si le diagnostic est consensuel, les remèdes évoqués font débat. Pour Maria Luis Albuquerque, commissaire chargée des services financiers et de l’Union de l’épargne et des investissements, la tâche à venir la plus ardue sera de parvenir à changer les mentalités.
La «Visa Stablecoin Platform» permettra la détention, l'échange et l'émission de stablecoins. Elle sera accessible en version bêta à une sélection de clients dans un premier temps.
L’Autorité des marchés financiers objective dans un document de travail l’attrition de la place de Paris, chiffrant la baisse du nombre d’émetteurs sur Euronext Paris et Euronext Growth, ce marché enregistrant un recul depuis 2024.
La filiale de gestion d’actifs du groupe BPCE veut combler son retard en lançant ses premiers ETF actifs sur le marché européen d’ici la fin de l’année tout en développant son offre sur le non-coté.
L’exécutif étudie une baisse de 10 centimes par boîte du prix du paracétamol. Une idée qui ferait économiser 30 millions d’euros à l’Assurance maladie sur un an
Le sort du projet de loi destiné à venir en aide aux agriculteurs est suspendu à un article permettant le retour de l'acétamipride. Les députés du groupe de Gabriel Attal demandent au Premier ministre de tenir ses engagements et de sortir du texte la question des pesticides