« Un système d’assurance entre pays est plus crédible s’ils présentent des cycles économiques désynchronisés»
Chaire / Centre de recherche : Ecole d'économie de Paris
La crise de la zone euro montre combien la solidarité entre Etats est difficile: fallait-il aider la Grèce?
D’une manière générale, les pays ont un avantage à s’assurer mutuellement contre des risques, c’est du moins les conclusions de nos recherches sur le sujet. L’Europe, qui a élaboré des institutions communautaires, est un exemple d’assurance mutuelle institutionnalisée face au risque, en l’occurrence celui d’un défaut souverain de certains des membres de l’Union. En Asie, l’initiative de Chiang Mai, un accord de swaps de devises entre plusieurs pays pour faire face à d’éventuelles attaques sur le marché des changes, est une autre illustration moins formelle. Il y a aussi les accords de swaps conclus entre le Trésor américain et quelques pays asiatiques ou occidentaux en 2008. Les risques idiosyncratiques, non souhaités, sont multiples : récession, défaut, fuite de capitaux, spéculation sur les marchés financiers…
Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont mis de longs mois à prendre des décisions crédibles : quel éclairage original apportent vos travaux sur ces difficultés par ailleurs très commentées ?
Nos recherchent montrent qu’un système d’assurance mutuel entre pays est d’autant plus crédible que les pays présentent des cycles économiques désynchronisés. Cette conclusion est cohérente avec la théorie du portefeuille classique et son principe de la diversification des risques. Paradoxalement, la France et l’Allemagne ne sont pas les mieux placées économiquement pour s’apporter un soutien mutuel puisqu’elles sont l’une pour l’autre le plus important de leurs partenaires commerciaux et que leurs cycles d’activité sont synchronisés. Même remarque pour la Grèce et les autres pays européens. Est-ce qu’il est aisé pour un pays européen d’apporter un soutien à la Grèce qui a plongé dans la récession alors que lui-même ne vas pas très bien? Pour maintenir son intérêt pour les obligations européennes, l’investisseur doit faire un pari sur l’avenir. Ce n’est pas le cas lorsque les pays engagés à se soutenir mutuellement connaissent des cycles économiques désynchronisés.
Voulez-vous dire que la Chine serait mieux placée que la France pour aider la Grèce ?
Du point de vue de leur cycle économique respectif, oui. Mais il faut se souvenir que le respect de la promesse de soutien ne repose que sur la bonne volonté des pays qui se sont engagés. Il n’existe à ce jour aucune autorité transnationale capable de faire respecter les engagements des pays signataires d’un pacte de soutien mutuel. Propos recueillis par LC
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