Un prix trop élevé aurait fait renoncer Carrefour à la reprise de Migros

Si le distributeur français ne motive pas sa décision d’abandonner cette opération majeure en Turquie, le marché invoque aussi des questions de concurrence
Bruno de Roulhac

Carrefour jette l’éponge. Peu après l’annonce par le conglomérat turc Sabanci de son intention de ne pas présenter d’offre ferme, en partenariat avec Carrefour, pour la reprise de la chaîne de supermarchés turcs Migros, Carrefour a confirmé « sa décision de ne pas remettre d’offre commune dans le processus de vente », selon une porte-parole du distributeur français.

Pourtant, les deux partenaires avaient déposé une offre préliminaire non contraignante et commune début novembre 2007. Et fin novembre, Jose Luis Duran, président du directoire de Carrefour avait déclaré dans les colonnes du Financial Times : « Est-ce que Carrefour est intéressé par le développement en Turquie ? Oui. Est-ce que nous pensons avoir la capacité opérationnelle pour intégrer un gros morceau comme Migros ? Oui. » De fait l’acquisition des 51 % de Migros, mis en vente par le conglomérat turc Koç aurait permis à Carrefour de devenir le leader incontesté en Turquie avec un tiers du marché de la distribution alimentaire (14 % pour la coentreprise de Carrefour et Sabanci et 19,2 % pour Migros).

Si Carrefour ne motive pas sa décision, des sources proches du dossier invoquent des « critères non satisfaisants ». Notamment le prix de 2,7 milliards d’euros avancé par le marché, soit une prime de 23 % sur la valorisation boursière actuelle de Migros. « Carrefour a sans doute renoncé au rachat de Migros en raison du prix trop élevé, confie également Christian Devismes, analyste au CM-CIC Securities. A 2,7 milliards d’euros, l’opération se serait réalisée sur un ratio valeur d’entreprise sur Ebitda 2007 proche de 15, un niveau particulièrement élevé. D’autant que Carrefour aurait pu être contraint pour des raisons de concurrence à céder certains magasins, sur des multiples bien inférieurs à ceux d’achat ». De plus, « étant donné la restructuration du groupe, le management peut vouloir se concentrer maintenant sur sa croissance organique », ajoute Christopher Gower, analyste chez MF Global.

Le conglomérat turc Koç, propriétaire de Migros, avait déclaré l’an dernier avoir reçu plus de cinq propositions. Parmi les noms des repreneurs évoqués par le marché figurent les groupes de capital-investissement KKR, qui a confirmé son intérêt pour Migros, CVC Capital Partners, BC Partners et Bain Capital, le groupe croate Agrokor ou encore le russe Alfa Group. La date butoir pour le dépôt des offres serait fixée au 9 janvier.

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