UBS mêlé au gel d’un segment du marché des obligations immobilières
Depuis quinze jours, la rumeur enfle dans les salles de trading. UBS serait à l’origine des fortes perturbations que connaît depuis mi-février le marché des titres adossés aux prêts immobiliers Alt-A, qui ont été consentis aux Etats-Unis au segment de clientèle intermédiaire entre le subprime et le prime. Kian Abouhossein, chez JPMorgan, l’a publiquement reprise à son compte hier dans une note assassine pour la banque suisse.
« Il est fort probable qu’UBS ait vendu son portefeuille Alt-A prime d’une valeur faciale de 25 milliards de francs lors d’une vente à prix cassé (fire sale) », écrit l’analyste, avant d’ajouter que cette liquidation d’actifs « établit une nouvelle voie stratégique, qui succède à une période de vente ordonnée des actifs au sein du système bancaire ». Les rumeurs de marché évoquent une vente à 70 % de la valeur faciale des titres au gérant Pimco, alors que ceux-ci avaient été évalués mi-février par la banque à 96 cents pour un dollar dans ses livres. Le géant helvétique ne faisait pas commentaire hier. Pimco a démenti, évoquant une " exagération ".
Une chose est sûre, depuis que la banque a révélé le 14 février qu’elle détenait un portefeuille de 26,6 milliards de dollars d’obligations AAA adossées à deux types de prêts Alt-A, ce marché ne fonctionne plus normalement. Les craintes de ventes massives ont alimenté un cercle vicieux : les acheteurs se retirent, la valeur des titres baisse et pénalise les investisseurs ayant recours à l’endettement, qui doivent alors répondre aux appels de marge de leurs banquiers et sont obligés de liquider leurs positions.
Le 28 février, le prêteur immobilier américain Thornburg, confronté à un appel de marge de 300 millions de dollars, évoquait ainsi « une dégradation soudaine » de ce marché. En quinze jours, le prix des MBS (mortgage-backed securities) adossés aux Alt-A, pour lesquels il n’existe pas d’indice, aurait baissé de 10 % à 15 %. « C’est un problème de valeur et de psychologie de marché, qui n’a rien à voir avec la qualité sous-jacente des prêts, expliquait alors Larry Goldstone, directeur général de Thornburg. Nous sommes dans un cas de prophétie qui s’autoréalise. » Depuis, plusieurs hedge funds ont dû liquider leurs fonds. Ils n’ont pas évoqué explicitement les Alt-A, mais dans un cas au moins, celui du fonds Peloton Partners, la décision trouverait sa source dans l’effondrement de ce marché.
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