Sandro Pierri : «BNP Paribas AM est positionné pour croître plus vite que le marché»
L’AGEFI - Quel bilan tirez-vous de votre première année à la tête de BNP Paribas Asset Management ?
Sandro Pierri - J’ai eu la chance de travailler, avant ma nomination, avec Frédéric Janbon et l’ensemble de l’équipe au repositionnement de l’activité qui a commencé en 2016. La transition s’est faite très naturellement, marquée essentiellement par la continuité avec des changements seulement à la marge puisque nous avions positionné le groupe pour les défis des prochaines années. Notre modèle d’activité repose sur une organisation totalement intégrée et non plus sur une approche multiboutiques. Il implique aussi un focus sur des expertises où nous pensons avoir un avantage compétitif. Nous ne pouvons pas faire tout, pour tout le monde, partout dans le monde. Nous avons simplifié et recentré nos activités autour de cinq expertises, en plaçant l’investissement responsable au cœur de notre business model.
Quelles sont ces cinq expertises ?
La première tourne autour de l’idée de gestion active à très forte conviction. Dans un monde de polarisation entre gestion active et passive, si vous voulez être un gérant actif, il faut vraiment l’être. Et c’est le chemin que nous avons pris. La deuxième concerne les pays émergents. Si l’on regroupe toutes nos équipes de gestion marché émergents, nous gérons un total de 80 à 85 milliards de dollars dans cette expertise. Nous sommes donc un acteur global. La troisième est la gestion multi-active que nous pouvons offrir à des clients institutionnels au sein du réseau BNP Paribas et au-delà du groupe. La quatrième se focalise sur la dette privée que nous venons de renforcer avec l’acquisition du néerlandais Dynamic Credit Group et qui a porté cette expertise à 22 milliards d’euros. Enfin, notre cinquième expertise concerne les solutions de liquidité comme la gestion monétaire. Sur chacune d’elles, nous voulons faire mieux et accélérer.
Vous vous apprêtez à présenter vos priorités stratégiques 2025. Dans quelles tendances de l’asset management s’inscrivent-elles ?
Le moment que nous vivons est assez unique. Plusieurs changements structurels majeurs sont en effet en cours au même moment. Le premier concerne bien sûr la durabilité. Selon certaines hypothèses, nous aurons besoin au niveau mondial de 3.000 à 3.500 milliards de dollars de capital supplémentaire chaque année entre aujourd’hui et 2050 pour répondre au défi de la transition écologique. C’est la plus grande réallocation de capital jamais vue dans notre industrie et cela va bien sûr totalement bouleverser notre secteur. Le deuxième changement concerne la digitalisation accélérée de l’économie. Le troisième concerne la démographie, avec des tendances différentes entre pays développés et pays émergents. Dans les premiers, la population diminue et vieillit. Dans le même temps, ces pays voient apparaître une génération de millennials. Les pays émergents connaissent, de leur côté, toujours une croissance de leur population. Le quatrième grand changement concerne la géopolitique, avec bien sûr la guerre en Ukraine mais qui montre que la démondialisation va s’accélérer et que la tendance va être plutôt à l’inflation. Certaines de ces tendances se renforcent l’une l’autre et d’autres s’opposent, et créent un environnement complexe et stimulant.
A quoi faut-il s’attendre comme conséquences pour le secteur ?
Le secteur fait face à des évolutions fortes. Le renforcement de la réglementation ou les évolutions technologiques, avec la multiplication des données à analyser et les occasions d’interactions avec les clients rendent aussi notre activité plus complexe qu’avant. Mais quand il y a disruption, il y a forcément des gagnants et des perdants. Au niveau de notre industrie, j’ai la conviction que nous assistons au retour en force de la gestion active.
Mais les gérants actifs disent cela chaque année…
Je ne dis pas que cette année est l’année de la gestion active. Je pense que c’est une évolution de long terme. La gestion passive est pertinente dans un marché efficient où chaque acteur a accès à l’information. Or ce n’est aujourd’hui plus tout le temps le cas. Pour les données extra-financières, par exemple, qui ne sont pas standardisées, on peut constater que l’information ne circule pas efficacement. On assiste donc à un changement structurel de l’efficience du marché.
Comment, dans ce contexte, allez-vous faire évoluer votre offre de gestion passive ?
Nous avons repositionné notre activité d’ETF (exchange-traded funds) indiciels vers des ETF ESG thématiques. De façon générale, je pense que les véhicules thématiques seront dominants dans les prochaines années. L’allocation traditionnelle en actions qui consiste à penser en zones géographiques a déjà commencé à diminuer pour une approche plus transverse.
Les tendances inflationnistes affectent-elles votre activité ?
Pas vraiment. L’enjeu pour nous ne concerne pas les produits – je fais confiance aux équipes pour trouver des solutions de gestion dans ce contexte – mais notre base de coûts. Une part significative de nos charges provient de la masse salariale, de la digitalisation de nos métiers, de la mise en œuvre de la réglementation, mais pour le moment, il n’y a pas vraiment de tendance inflationniste plus forte que de coutume.
Vous avez fait appel à la solution d’Aladdin récemment. Comptez-vous nouer d’autres partenariats de ce type ?
Non, je pense que nous sommes aujourd’hui à l’aise avec notre modèle opérationnel. Nous allons désormais nous concentrer sur la croissance de nos activités.
Quels sont vos objectifs de croissance ?
Nous pensons être bien positionnés et avoir toutes les compétences nécessaires pour croître à un niveau supérieur à celui du marché en termes de collecte nette. Par ailleurs, nous voulons devenir la référence en matière de durabilité en Europe.
Craignez-vous l’offensive des régulateurs contre le greenwashing ?
Nous avons un dialogue nourri avec les autorités. Le principal problème des asset managers est celui de la récolte des données. Il n’existe pas de définition stricte de la notion d’investissement durable. Le critère de performance que nous utilisons est celui de la réglementation européenne SFDR : 81 % des encours de nos fonds ouverts européens étaient considérés comme article 8 ou 9. Cette proportion doit augmenter encore, en particulier celle des fonds article 9 qui ne représentent que 14 % de ces encours.
Votre croissance passera-t-elle par des acquisitions ?
Nous sommes focalisés sur la croissance organique, pas externe. Bien sûr, la taille est importante dans notre secteur pour des questions d’économies d’échelle, mais elle ne pilote pas notre activité.
Propos recueillis par Alexandre Garabedian, Franck Joselin et Réjane Reibaud
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