S&P se réforme pour échapper aux critiques
Standard & Poor’s veut couper court aux critiques. L’agence de notation a publié hier 27 mesures pour restaurer la confiance du marché dans ses notes. « Standard & Poor’s a déjà effectué beaucoup de changements, mais nous devons aussi améliorer la perception qu’ont les intervenants de marché de notre fonctionnement pour lever les doutes quant aux éventuels conflits d’intérêts », explique Jeanne-Françoise de Polignac, présidente de l’établissement en France.
Parmi les mesures proposées figure la création d’un poste de médiateur, à pourvoir dans les mois qui viennent. Ce « sage », rémunéré par S&P, traitera les problèmes soulevés par des tiers (émetteurs, investisseurs…) dans leurs relations avec l’agence, et les relaiera auprès du comité d’audit et du directeur général du groupe. S&P fera en outre appel à un cabinet d’audit externe pour passer régulièrement en revue ses procédures de gouvernance et de gestion des conflits d’intérêts.
L’agence devrait aussi systématiser la rotation de ses analystes, tous les cinq ans, pour éviter une trop grande proximité entre ces derniers et les émetteurs qu’ils couvrent. Autre sujet sensible, S&P va plancher sur la prise en compte des risques de liquidité, de volatilité ou de corrélation, au-delà du crédit, dans la notation des produits. Le sujet s’annonce néanmoins complexe à mettre en œuvre. « Il est difficile d’incorporer sous une seule note des risques très différents et de bâtir une méthode fiable sur un élément comme la liquidité: des instruments comme les RMBS ou les commercial papers n’ont connu aucun problème de liquidité pendant vingt ans. Ces questions appellent une réflexion avec les intervenants de marché », souligne Jeanne-Françoise de Polignac.
Le rôle des agences de notation dans la crise de crédit suscite la polémique. Celles-ci sont accusées d’avoir noté les yeux fermés des produits structurés adossés aux prêts subprimes avant de dégrader massivement ces titres une fois le problème connu de tous. « Le fait que beaucoup de produits structurés ont bénéficié de notes élevées correspondait aux critères en vigueur à l’époque, se défend Jeanne-Françoise de Polignac. Compte tenu des évolutions brutales du marché, nous avons durci nos hypothèses. Nous allons aussi demander aux investisseurs s’ils souhaitent une grille de notation différente par rapport à de la dette classique ».
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